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Transport aérien : 80 milliards de FCFA prélevés, 77 % au bénéfice d’entreprises étrangères 

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La nouvelle architecture des taxes et redevances applicables au transport aérien gabonais provoque une sortie particulièrement offensive de FlyGabon. Dans un communiqué publié le 31 juillet 2026, la compagnie nationale estime à plus de 80 milliards de FCFA par an les recettes susceptibles d’être générées par ces prélèvements et affirme que 77 % bénéficieraient à des entreprises étrangères, contre 22 % à des organismes publics gabonais. Une répartition qui, selon elle, entre directement en contradiction avec l’ambition affichée de restaurer la souveraineté aérienne du Gabon.

C’est une prise de position qui dépasse largement la traditionnelle controverse sur le prix des billets d’avion. Alors que de nouvelles dispositions fiscales et tarifaires sont entrées en vigueur à la faveur notamment de la Loi de finances rectificative du 17 juillet 2026, FlyGabon remet ouvertement en question non seulement le poids des prélèvements imposés au secteur aérien, mais surtout la destination de l’argent collecté auprès des passagers et des opérateurs. 

77 % des recettes au bénéfice d’entreprises étrangères selon FlyGabon

Les chiffres avancés par la compagnie nationale sont particulièrement saisissants. Selon ses projections, les nouvelles taxes et redevances aériennes représenteraient 80,231 milliards de FCFA sur douze mois. Sur cette enveloppe, FlyGabon affirme que 77 % bénéficieraient à des entreprises étrangères, contre seulement 22 % revenant à des organismes publics gabonais. 

Le graphique présenté à la page 2 du communiqué ventile ces recettes entre plusieurs bénéficiaires : GSEZ concentrerait 47 %, soit 37,7 milliards de FCFA ; Securiport 21 %, soit 16,4 milliards ; Westminster 9 %, soit 7,3 milliards. Du côté des organismes publics gabonais, l’ONSFAG représenterait 12 %, l’ANAC 10 % et l’ASSAC 1 %. Ces données sont présentées comme des estimations établies par FLYGABON et doivent donc être considérées comme telles. 

« Comment justifier que l’essentiel de l’effort financier » profite à des entités étrangères ?

C’est précisément cette ventilation que la compagnie remet en cause. FLYGABON s’interroge sur la cohérence d’un système dans lequel l’essentiel de l’effort financier supporté par les passagers gabonais, les compagnies aériennes et les opérateurs installés au Gabon bénéficierait, selon ses calculs, à des entités étrangères, alors même que les infrastructures et les besoins de connectivité sont nationaux. 

Pour la compagnie, les ressources prélevées devraient prioritairement servir à moderniser les infrastructures aéroportuaires nationales, améliorer les services dans les aéroports du pays, renforcer les capacités des institutions gabonaises, désenclaver les provinces, développer les compétences locales et soutenir durablement l’industrie aérienne nationale.

Une charge particulièrement forte venant de la compagnie nationale

La portée de cette sortie tient également à l’identité de celui qui la formule. FLYGABON n’est pas un opérateur extérieur contestant simplement une hausse de ses charges. La compagnie est issue du partenariat entre Afrijet Business Service et la République gabonaise, l’État détenant 56 % de son capital. Sa création s’inscrit précisément, selon le communiqué, dans une stratégie gouvernementale visant à reprendre le contrôle d’un secteur considéré comme stratégique et à renforcer la souveraineté nationale dans le transport aérien. 

Le paradoxe devient dès lors difficile à éluder : une compagnie majoritairement détenue par l’État alerte publiquement sur des mécanismes qui, selon elle, pourraient contribuer à faire sortir une part majoritaire des nouvelles ressources générées par le marché aérien gabonais de l’écosystème national. FLYGABON estime d’ailleurs que la souveraineté aérienne ne saurait se résumer à la possession d’une compagnie nationale, mais suppose également la maîtrise des infrastructures, des systèmes de sûreté, des données stratégiques et de l’affectation des ressources produites par le secteur. 

La souveraineté aérienne gabonaise en question

La compagnie va plus loin en contestant le principe d’un reversement en dollars américains directement au profit d’une entité étrangère pour une prestation réalisée au Gabon. Pour FlyGabon, un service fourni sur le territoire national, facturé aux passagers au Gabon et collecté par des opérateurs installés dans le pays devrait, par principe, être réglé en monnaie locale. 

Cette offensive place désormais le débat sur un terrain éminemment politique et économique. Car derrière les quelque 80 milliards de FCFA de recettes annuelles estimées, la question soulevée par FLYGABON est celle de la cohérence entre le discours de reconquête de la souveraineté aérienne et l’organisation financière du secteur. La compagnie résume elle-même l’enjeu : ces nouvelles redevances renforcent-elles réellement la souveraineté et la connectivité du Gabon ou organisent-elles principalement « un transfert de ressources nationales vers des intérêts extérieurs » ? 

À cette interrogation, il appartient désormais aux pouvoirs publics et aux différents bénéficiaires concernés d’apporter des réponses documentées. Car au-delà du bras de fer qui se dessine autour des redevances aériennes, c’est désormais l’utilisation de plusieurs dizaines de milliards de FCFA prélevés chaque année sur le transport aérien gabonais qui se retrouve au centre du débat public.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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