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Suspension des réseaux sociaux : le Gabon en état d’exception permanent

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Cinq mois après la suspension des réseaux sociaux, le Gabon demeure plongé dans une situation inédite qui interroge. Le 17 février 2026, la Haute Autorité de la Communication décidait de bloquer l’accès aux principales plateformes numériques afin de lutter contre la désinformation et les discours de haine. Présentée comme une réponse exceptionnelle à un contexte particulier, cette mesure devait être provisoire. Pourtant, cinq mois plus tard, le « jusqu’à nouvel ordre » demeure inchangé, alimentant les interrogations sur la place qu’occupent désormais les libertés numériques dans le pays.

Depuis cette décision, les autorités ont pourtant considérablement renforcé le cadre juridique encadrant l’usage des plateformes à travers deux ordonnances prises en février et régulièrement ratifiées par le parlement. Ces textes offrent les outils nécessaires pour sanctionner les abus sans recourir à une interdiction générale. Parallèlement, le gouvernement a annoncé le retrait de plus de 23 500 contenus problématiques par TikTok. Malgré ces avancées, aucune perspective officielle de levée de la suspension n’a été communiquée.

Une succession de restrictions qui nourrit le débat

Entreprises, commerçants, médias, agences de communication, créateurs de contenus et travailleurs indépendants voient leurs activités ralentir, tandis que les administrations publiques se trouvent privées d’un canal essentiel pour informer les citoyens. Plusieurs voix dénoncent désormais une mesure devenue disproportionnée, à l’image du député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, qui souligne le paradoxe de certaines institutions continuant de publier sur Facebook alors que la plateforme reste inaccessible à la majorité des gabonais.

La suspension des réseaux sociaux s’inscrit dans un contexte de restrictions répétées des libertés. Dès 2020, la pandémie de Covid-19 avait entraîné couvre-feu et limitations des déplacements. En 2023, les élections générales avaient été marquées par une coupure d’Internet, avant que le couvre-feu instauré après le coup d’État du 30 août ne soit maintenu jusqu’en décembre 2024. Après près de deux années de restrictions sanitaires, puis deux années de mesures liées au contexte politique, plusieurs mois de suspension des réseaux sociaux prolongent cette succession d’exceptions. Si la sécurité demeure une exigence légitime, la question centrale reste celle de la proportionnalité et de la durée de ces mesures. Dans un État de droit, l’exception est censée rester temporaire, transparente et accompagnée d’un calendrier clair de retour à la normale, une visibilité qui fait aujourd’hui défaut.

Karl Makemba

Engagé et passionné, Karl Makemba met son expertise et sa plume au service d’une information rigoureuse et indépendante. Fidèle à la mission de Gabon Media Time, il contribue à éclairer l’actualité gabonaise avec une analyse approfondie et un regard critique. "La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute société libre." – Kofi Annan

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