Pénurie de carburant : Yves Fernand Manfoumbi plaide pour 30 jours de stocks stratégiques au Gabon
À la suite des tensions sur l’approvisionnement en carburant observées début octobre 2026 dans le Grand Libreville, l’ancien ministre de l’Agriculture et du Commerce, Yves Fernand Manfoumbi, appelle à une réforme structurelle du secteur pétrolier aval. Dans une publication diffusée sur Facebook ce jeudi 8 octobre, il propose notamment la constitution de stocks stratégiques couvrant au minimum 30 jours de consommation, la modernisation de la Société gabonaise de raffinage (SOGARA) et un contrôle quotidien des approvisionnements. Une approche qui entend concilier sécurité énergétique, protection du pouvoir d’achat et maîtrise des dépenses publiques.
La récente tension sur la disponibilité des carburants dans le Grand Libreville relance le débat sur la capacité du Gabon à sécuriser durablement son marché intérieur. Alors que les autorités ont mobilisé les stocks disponibles et annoncé l’arrivée d’une nouvelle cargaison pour rétablir l’approvisionnement, Yves Fernand Manfoumbi estime que la réponse ne saurait se limiter à la gestion ponctuelle des ruptures. Dans une tribune intitulée « Carburants : protéger les ménages, préserver l’État, sécuriser l’avenir », l’ancien membre du gouvernement défend une transformation de la politique nationale d’approvisionnement, fondée sur l’anticipation des besoins, l’amélioration des infrastructures pétrolières et la transparence des coûts supportés par les finances publiques.
Constituer des stocks stratégiques pour anticiper les pénuries
Pour Yves Fernand Manfoumbi, le paradoxe gabonais réside dans la dépendance persistante du marché intérieur aux importations de produits pétroliers raffinés, malgré le statut de pays producteur de pétrole. Une situation qui expose l’approvisionnement national aux retards logistiques, aux fluctuations internationales et aux éventuelles perturbations des capacités de raffinage ou de stockage. « La réponse ne peut donc pas être uniquement de faire arriver un navire lorsque les stocks baissent. Il faut passer d’une gestion de pénurie à une politique de sécurité énergétique », soutient-il.
L’ancien ministre propose ainsi la constitution d’un stock stratégique national permettant de couvrir au minimum 30 jours de besoins pour les principaux carburants. Cette réserve devrait, selon lui, s’accompagner d’un système d’alerte précoce destiné à anticiper les commandes et à prévenir les ruptures. Il préconise également la création d’une véritable tour de contrôle du secteur pétrolier aval, capable de centraliser quotidiennement les informations relatives aux stocks disponibles, aux cargaisons commandées, aux volumes en mer et aux besoins prévisionnels du marché.
Moderniser la SOGARA et sécuriser la chaîne logistique
La deuxième priorité concerne les infrastructures de raffinage, de stockage et de distribution. Yves Fernand Manfoumbi estime que ces différentes composantes doivent être considérées comme une chaîne stratégique unique, dont les défaillances peuvent rapidement affecter l’ensemble de l’économie. Dans cette perspective, il appelle à une modernisation durable de la SOGARA et à une meilleure intégration des investissements programmés dans les capacités nationales de stockage.
L’ancien ministre recommande également l’adoption d’un plan national de continuité d’approvisionnement couvrant les neuf provinces, ainsi que la mise en place d’un contrat de performance pluriannuel pour les activités de raffinage, de stockage et de distribution. L’objectif serait de dépasser les réponses d’urgence pour instaurer des mécanismes permanents de prévention. Cette orientation soulève néanmoins la question des investissements nécessaires, de leur financement et des responsabilités opérationnelles des différents acteurs intervenant dans la chaîne pétrolière.
Le carburant, un enjeu majeur de pouvoir d’achat
Au-delà des contraintes techniques, Yves Fernand Manfoumbi insiste sur les conséquences sociales des perturbations d’approvisionnement. « Une station-service sans carburant, ce n’est pas seulement une difficulté pour l’automobiliste. C’est une famille qui ne peut plus se déplacer normalement, un taxi qui travaille moins, une entreprise qui ralentit, un commerçant qui augmente ses coûts », explique-t-il. Pour l’ancien ministre, les effets d’une pénurie dépassent largement les automobilistes et peuvent se répercuter sur les prix des transports, de l’alimentation et des services.
Cette dimension conduit l’ancien responsable gouvernemental à établir un lien direct entre sécurité énergétique et lutte contre la vie chère. « Le carburant est un prix transversal de l’économie », rappelle-t-il, considérant que la protection du consommateur ne peut se limiter au maintien d’un tarif administré à la pompe. Elle suppose également de garantir la disponibilité des produits et de réduire les surcoûts logistiques susceptibles d’être répercutés sur les ménages.
Réduire le coût des subventions pour les finances publiques
La réflexion développée par Yves Fernand Manfoumbi comporte également un important volet budgétaire. Il rappelle que la compensation de l’écart entre le coût réel des produits pétroliers et les prix supportés par les consommateurs représente une charge pour l’État. Dans sa publication, il souligne que la loi de finances 2026 classe les subventions aux prix des produits pétroliers parmi les dépenses protégées de la mise en réserve budgétaire.
Sans remettre en cause le principe de protection des ménages, l’ancien ministre appelle à mieux maîtriser cette dépense et à publier annuellement son coût global, en intégrant les subventions, les exonérations, les éventuelles pertes de recettes et les charges logistiques exceptionnelles. « Chaque franc CFA consacré à compenser une inefficacité structurelle est un franc qui ne finance pas une école, un hôpital, une route, une infrastructure énergétique ou un investissement productif », fait-il valoir. Une position qui place la transparence budgétaire et l’efficacité des investissements au centre de sa proposition de réforme.
Faire de la sécurité énergétique une priorité nationale
Pour Yves Fernand Manfoumbi, les tensions observées début octobre devraient constituer un signal d’alerte conduisant à revoir durablement l’organisation du secteur. Sa proposition repose sur quatre objectifs : une réserve stratégique d’au moins 30 jours, un tableau de bord quotidien des approvisionnements, un dispositif national de continuité de distribution et un contrat de performance pour les infrastructures pétrolières. Ces orientations constituent à ce stade des recommandations formulées dans sa tribune, et non des mesures officiellement adoptées par le gouvernement.
L’ancien ministre défend ainsi une politique conciliant disponibilité du carburant, prix soutenables et maîtrise des charges publiques. « Produire du pétrole est une richesse. Garantir l’énergie au quotidien est une souveraineté », conclut-il. Au-delà de la récente pénurie, sa prise de position ouvre un débat sur la capacité du Gabon à transformer ses ressources pétrolières en une véritable sécurité d’approvisionnement pour les ménages, les entreprises et les services publics.






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