Libreville : opération libérer les trottoirs, la mairie rejoue une pièce dont tout le monde connaît déjà la fin
La mairie de Libreville a annoncé une nouvelle opération de « libération des trottoirs » sur plusieurs axes de la capitale. Présentée comme une réponse à l’occupation anarchique de l’espace public et aux difficultés de circulation des piétons, cette campagne ressemble pourtant à un éternel recommencement. À force de répéter les mêmes opérations sans jamais traiter les causes du problème, l’Hôtel de Ville donne davantage l’impression de mettre en scène son autorité que de restaurer durablement l’ordre urbain.
À Mont-Bouët, au Carrefour Rio, à PK8, à la Montée Louis et dans plusieurs autres quartiers, le scénario est désormais bien rodé. Un communiqué officiel annonce le déguerpissement imminent des commerçants installés sur les trottoirs. Quelques jours plus tard, les agents municipaux, accompagnés des forces de sécurité, procèdent à la saisie des étals, des bâches et parfois des marchandises.
Les images circulent sur les réseaux sociaux, les réactions s’enchaînent, puis le calme revient… jusqu’à ce que les vendeurs reprennent progressivement possession des lieux. Quelques semaines ou quelques mois plus tard, une nouvelle opération est annoncée, comme si la précédente n’avait jamais existé.
Une politique publique ou une opération de communication ?
Personne ne contestera que les trottoirs doivent être rendus aux piétons. Dans plusieurs quartiers de Libreville, marcher relève parfois du parcours d’obstacles, obligeant les passants à emprunter la chaussée au risque de leur vie. La nécessité de faire respecter les règles d’occupation de l’espace public ne fait donc guère débat.
En revanche, ce qui interroge, c’est l’incapacité chronique de la municipalité à maintenir durablement cet ordre qu’elle rétablit avec fracas à intervalles réguliers. Si les commerçants reviennent systématiquement au même endroit après chaque déguerpissement, c’est que le problème dépasse largement la simple présence des vendeurs. Il révèle surtout l’absence d’une stratégie pérenne de contrôle de l’espace public.
À quoi sert une police municipale si son action ne se limite qu’à quelques opérations spectaculaires ? Une ville ne se gouverne pas deux fois par an, au rythme des communiqués de presse. Elle s’administre quotidiennement, par une présence permanente sur le terrain et une application constante des règles.
Les vendeurs ne sont pas le problème, ils révèlent le problème
La colère des commerçants est tout aussi révélatrice. Beaucoup expliquent exercer sur les trottoirs faute de pouvoir accéder à des marchés aménagés ou de supporter les loyers prohibitifs des locaux commerciaux. Chasser ces vendeurs sans leur proposer d’alternative revient simplement à déplacer temporairement le problème.
Une politique de déguerpissement n’a de sens que si elle s’accompagne d’une véritable politique d’aménagement urbain, de création de marchés accessibles et d’accompagnement des petits commerçants. À défaut, chaque opération ressemble davantage à une parenthèse qu’à une solution.
La question qui dérange la mairie
Mais une autre interrogation mérite d’être posée, et elle est sans doute la plus embarrassante. Comment expliquer que ces occupations qualifiées d’« anarchiques » puissent se reconstituer aussi rapidement sans que personne ne s’en aperçoive ? Pourquoi les vendeurs reviennent-ils toujours exactement aux mêmes emplacements, parfois sous les yeux mêmes des autorités municipales ?
Plus troublant encore, nombre de commerçants affirment s’acquitter régulièrement de taxes ou de contributions diverses pour exercer leur activité sur ces espaces. Si ces déclarations sont fondées, elles posent une question essentielle : qui perçoit ces sommes et au nom de quelle autorité ? Car il serait paradoxal que des installations officiellement considérées comme illégales puissent faire l’objet de prélèvements, tout en étant périodiquement détruites au nom de la légalité.
Au fond, le véritable feuilleton n’est pas celui des vendeurs qui reviennent. Il est celui d’une mairie qui, depuis des années, annonce les mêmes opérations, mobilise les mêmes moyens et obtient invariablement le même résultat. À Libreville, la « libération des trottoirs » est devenue une tradition administrative. Une tradition qui, malheureusement, n’a jamais réussi à libérer durablement les trottoirs.









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