Liberté de la presse au Gabon : L’ombre d’un tournant répressif sous couvert de régulation ?

À l’approche du 3 mai, Journée internationale de la liberté de la presse, le paysage médiatique gabonais est en proie à une vive inquiétude. Alors que le pays avait amorcé une remontée spectaculaire dans le classement de Reporters sans frontières (RSF) après le coup d’État de 2023, atteignant la 41e place en 2025, l’année 2026 marque un coup d’arrêt brutal. Le Gabon recule désormais au 43e rang mondial, un déclin porté par un durcissement législatif que les professionnels qualifient d’inquiétant.
Au cœur des crispations se trouve l’ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026. Officiellement destinée à « encadrer l’usage des plateformes numériques », elle introduit des mécanismes de surveillance et de responsabilité qui font peser une épée de Damoclès sur les journalistes. Le texte impose une identification systématique des utilisateurs et, plus grave encore, une « responsabilité solidaire » en cas de diffusion de contenus jugés illicites. En clair, un éditeur de presse pourrait être tenu pénalement responsable des propos d’un tiers relayés sur ses réseaux sociaux.
Les sanctions prévues sont massives : des amendes pouvant atteindre 50 millions de FCFA et des suspensions de comptes. Pour les journalistes, ce manque de précision est une porte ouverte à l’arbitraire. Comme le souligne un professionnel dans la presse locale : « Le législateur a volontairement entretenu le flou pour sanctionner tout le monde. »
Un dilemme déontologique et sécuritaire
La modification du Code de la communication renforce cette pression en exigeant une coopération obligatoire avec la Haute autorité de la communication (HAC), dont l’indépendance est de plus en plus contestée. RSF note d’ailleurs que le mode de nomination des membres de la HAC, désormais entièrement aux mains du pouvoir, fragilise la neutralité de l’institution.
Le paradoxe est frappant : alors que la loi de 2016 prônait la dépénalisation des délits de presse, les journalistes continuent d’être convoqués par les services de sécurité sur la base du Code pénal. Cette dualité juridique crée un environnement où « informer librement » devient un risque pénal majeur.
Le Gabon se trouve à la croisée des chemins. Entre la volonté affichée de moderniser l’espace numérique et la multiplication des dispositifs de surveillance, la liberté d’expression semble s’étioler. Si le régime de transition souhaite transformer l’essai d’une presse libre, il devra clarifier ces zones d’ombre législatives qui, pour l’heure, ressemblent davantage à des outils de censure qu’à des instruments de régulation.









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