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Le Palais des Congrès : temple de la mémoire et de la parole publique

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Le dimanche  03 mai 2026, le Président de la République, Chef de l’Etat, Brice Clotaire Oligui Nguema a procédé à l’inauguration du saphir architectural qu’est le Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba de La Cité de la Démocratie. 

Un joyau architectural !

Pour la description de son gigantisme, le Journal l’Union, en ligne, du 03 mai 2026 écrit : « Lancé en 2024, le projet a été achevé avec succès en 18 mois. Il s’étend sur environ 458 hectares, avec un auditorium principal de 3100 places, un auditorium annexe de 350 places, une salle de banquets de 1500 places et une salle présidentielle de 275 places. 

Le complexe comprend également des salons VIP, des allées de réunion, un musée et des bureaux présidentiels, ainsi que de vastes  installations de stationnement et des systèmes d’infrastructures. En plus de ces structures principales, le projet englobe des infrastructures essentielles telles que des réseaux routiers internes, des aménagements paysagers, des villas présidentielles, deux héliports et des systèmes complets des services publics incluant l’eau, l’électricité et le drainage. Un système dédié d’énergie solaire renforce aussi le profil de durabilité du projet ».

Temple de la mémoire

Derrière ces dimensions et ces surfaces pyramidales, derrière cette impressionnante architecture physique, le Président de la République a inauguré une autre architecture mémorielle, historique, présente et future qui se retrouve résumé par le titre de notre propos : Le Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba  de La cité de la Démocratie : temple de la mémoire, de la parole publique nationale et internationale  et du futur au Gabon.

La Conférence Nationale de 1990, un des grands consensus post-monopartisme au Gabon, avait  été tenue à la Cité de la Démocratie sous l’ancienne version construite par le feu Omar Bongo Ondimba. 

Face à la montée populaire qui réclamait la démocratie et plus de justice socio-politique, influencée par la chute du mur de Berlin, le discours de la Baule de François Mitterrand qui conditionnait l’aide internationale au degré de démocratisation des pays africains et aux mouvements de l’opposition et des étudiants gabonais, le feu Président Bongo Ondimba, annonça la tenue de cette Conférence Nationale qui devait se tenir à la Cité de la Démocratie. 

L’idée était que les Gabonais devaient résoudre leurs problèmes existentiels dans un lieu respectueux de nos traditions, de nos identités, de nos aspirations mais aussi de nos richesses nationales. L’endroit trouvé était la Cité de la Démocratie.

Pour rappel, l’ouverture de la Conférence Nationale sur la discussion des problèmes politiques et existentiels du Gabon en 1990 ouvrait une parenthèse qu’avait fermée la période monopartiste (1968-1990) et qui avait vu une opposition des points de vue dans le choix des régimes politiques au Gabon. Il s’agit de l’opposition entre Feu Léon Mba Minko, du BDG, (Bloc Démocratique Gabonais), tenant d’un régime présidentiel au sens de la cinquième République Française et Jean Hilaire Aubame, de l’UDSG (Union Démocratique et Sociale gabonaise), tenant d’un régime parlementaire, comme l’a connu la quatrième République Française. 

Ā ces deux positions s’ajoute la troisième de René Paul Sousatte, du PUNGA, qui souhaitait voir les gabonais se diriger eux-mêmes et sortir de la dépendance ou du tutorat français. Le Parti de l’Union Nationale Gabonaise (PUNGA) en 1958 qui va militer pour le « NON » contre la Communauté Franco-Africaine, voulue par le Général de Gaulle en remplacement de l’Union Française de la IVème République et soutenue par Léon Mba Minko et Jean Hilaire Aubame .

De façon schématique, ces discussions d’avant le monopartisme sont reprises en pleine Conférence Nationale et le résultat avait donné la fameuse Constitution de 1991qui n’a jamais été appliquée intégralement mais qui a inspiré, du moins sous certains aspects, toutes les autres jusqu’à celle de 2025.

C’est dire alors que la Cité de la Démocratie est ce lieu qui arbitré les conflits, non seulement de 1990 mais leurs résurgences de 1922, date de création du premier parti politique gabonais jusqu’en 1967, à la mort du Président Léon Mba.

Sur le plan international, La Cité de la Démocrite a été le forum de discussion des africains lors de la 14ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Organisation de l’Unité Africaine, tenue du 2 au 5 juillet 1977. Des échanges historiques sur la libération de l’Afrique, la coopération économique et la consolidation de l’unité africaine, furent tenus. Et c’est lors de ce 14ème sommet qu’avait été lancée pour la première fois l’idée d’obtenir un siège permanent pour l’Afrique au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Ce sommet avait approuvé la Déclaration de Kinshasa, adoptée en 1976, de créer une communauté économique africaine

Lorsque le Président Ali Bongo Ondimba prend le pouvoir et décide de détruire la Cité de la Démocratie, c’est cette histoire, cette mémoire symbolisée par ces murs qu’il détruisait. Avec la reconstruction de la Cité de la Démocratie, c’est cette mémoire et cette histoire qui ont de nouveau un support physique, un sous bassement matériel. Il faut noter que l’histoire et la mémoire s’incarne dans des bâtiments physiques. Il faut un repère physique pour garder  pour garder un repère immatériel. Il  faut un espace, un  objet, un tableau, une fresque, un arbre, une construction, un édifice, une maisonnée, un pont, une colline, une rivière, bref, un élément matériel un pour garder une mémoire. 

Le physique est le support de l’idée. Pour garder la mémoire de la première version de la Cité de la Démocratie, l’on pourrait avoir sa maquette ou si possible, la fameuse fresque derrière le perchoir d’où se tenaient les orateurs lors de la Conférence de 1990. Ces instruments physiques, installés dans une salle, nous rappelleraient l’ancienne version. En outre, le Choix des Chefs de l’Etat et de gouvernement à cette inauguration n’est pas le fruit du hasard, par exemple, l’ancien chef de l’Etat du Nigéria, Olesegun Obasandjo est l’un des présidents encore vivants a été présent lors de ce sommet à Libreville. Il s’était distingué par ses efforts pour que les Africains règlent eux-mêmes leurs problèmes. Il avait affirmé le rôle moteur du Nigéria sur la scène africaine, notamment sur les questions économiques et de représentation diplomatique.

C’est dire que le Président de la République, Chef de l’Etat, Brice Clotaire Oligui Nguema, n’a fait que construire un bâtiment, il a reconstruit un temple, gardien d’une mémoire et d’une histoire. Une histoire façonnée au Gabon pour les générations présentes et futures. Ne pas le faire,  aurait été une blessure infligée à notre mémoire, un vide creusé dans notre histoire. Pour d’aucuns ce n’était pas prioritaire à cause du Problème d’eau et d’électricité que nous traversons en ce moment, à cause du problème du chômage qui mine le pays. La critique se comprend, l’on peut même dire que ce n’était pas une priorité mais c’était une nécessité. La nécessité de rendre à l’histoire ce qu’elle avait perdu avec la destruction de ce lieu très symbolique pour le Gabon. 

Temple de la parole publique nationale et internationale : lieu de présence et de pouvoir

Désormais les discussions publiques qui concernent la résolution des problèmes existentiels du Gabon dans leurs dimensions internes et externes ont un endroit où ils peuvent être discutés. Les hôtels, les jardins botaniques et autres salles privées n’ont pas pour vocation première d’abriter des discussions publiques nationales et internationales. Par défaut et par manque d’infrastructure appropriée, nous étions contraints de nous limiter à ces espaces, ce qui d’ailleurs a rapetissé les ambitions que le pays pouvait se donner pour accueillir des évènements grandioses.

Dans un autre sens, cet édifice des grandes messes représente l’endroit de la parole publique au sens où dans nos traditions bantoues, chaque village à son corps de garde. Le corps de garde étant l’endroit de la parole publique du village où se règlent les litiges et la destinée du village. Etant le lieu de la parole, le corps de garde est aussi le lieu de l’exercice du pouvoir où les hommes règlent les litiges les autres problèmes de la communauté. Le dire, c’est signifier que le Gabon est en train de réaffirmer son pouvoir aux yeux du monde, du moins sa présence dans les discussions présentes et futures.

Lorsque le Chef de l’Etat souhaite voir la tenue du sommet de l’Union Africaine en 2027 et celui de la Francophonie en 2030, il indique par-là que le Gabon tient à recevoir ces deux événements et marquer son retour dans le centre des décisions. Il indique que le Gabon souhaite redevenir un espace décisionnel en Afrique et dans le monde francophone. Or un espace décisionnel est un lieu de pouvoir au sens où ce dernier vise à transformer les choses. 

Dans sa bénédiction du palais, et s’adressant au Bon Dieu, l’aumônier de la Présidence de la République a dit : « En présence des Chefs d’Etat ici rassemblés, nous Te confions toutes les décisions qui seront prises en ces murs : qu’elles soient toujours inspirées par la justice, guidées par la sagesse, et orientées vers le bien commun des peuples. Bénis ceux qui gouvernent les nations, affermis-les dans le service de la paix, de la solidarité et du développement intégral.  Que ce Palais soit un lieu de dialogue sincère, d’écoute et fraternité entre les nations, un espace où se construisent des ponts plutôt que des murs ».

L’idée de la construction des ponts plutôt que des murs signifie, entre autres, la possibilité de créer du sens, du vivre-ensemble, de l’intégration sociale, du lien social, de l’inclusivité plutôt que de créer des idées de désocialisation, de rejet, d’exclusion, de fermeture. En un mot, il s’agit d’un lieu de pouvoir au sens où la politique est au service de l’homme et de la vie. C’est ce que Michel Foucault a appelé la biopolitique.

La Cité de la Démocratie devient le centre de la parole publique, de la vie politique au Gabon. C’est le corps de garde africain, l’agora grecque, le lieu des grandes messes,  où vont désormais se prendre, de manière officielle, les grandes décisions qui vont engager la vie du pays. Le Président de la République, Chef de l’Etat, Brice Clotaire Oligui Nguema, vient de donner un siège à la parole publique au Gabon.

Dr. Fortuné Matsiegui Mboula

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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