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Gabon : Wenceslas Yaba défend la gratuité du Samu social et alerte sur l’irrégularité de son financement

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Dans une longue réflexion publiée ce 7 octobre 2026, le Dr Wenceslas Yaba, responsable du Samu social gabonais, défend avec vigueur le modèle de gratuité de la structure et répond aux critiques dont celle-ci ferait l’objet. Il affirme notamment que les 19 Samu sociaux dépendent essentiellement de la subvention de l’État, laquelle connaîtrait d’importantes irrégularités de versement. Malgré ces contraintes, il revendique la continuité des soins gratuits et met en avant le programme ophtalmologique « De l’obscurité à la lumière », qui aurait permis, selon ses chiffres, à 11 000 personnes de recouvrer la vue.

C’est une prise de parole à la fois défensive et offensive. Face aux critiques visant le fonctionnement du Samu social gabonais, Wenceslas Yaba oppose les résultats qu’il attribue à la structure et les contraintes financières auxquelles elle serait confrontée. Selon lui, alors que le système sanitaire classique bénéficie de plusieurs sources de financement, budget de l’État, remboursements de la CNAMGS et paiements directs des patients, le Samu social fonctionnerait principalement grâce à une subvention publique dont le décaissement serait particulièrement irrégulier.

Une subvention versée de manière irrégulière selon Yaba

Le médecin affirme que le réseau compte 19 Samu sociaux et que sa principale ressource publique peut manquer pendant plusieurs mois. « La subvention de l’État […] par an arrive 6 mois sur 12, parfois avec 3 mois d’affilée sans strictement de ressources, mais on ne s’arrête pas pour empêcher aux innocents de mourir », écrit-il. Il soutient également que certaines enveloppes inscrites en loi de finances pourraient être réduites ou ne pas être effectivement décaissées.

Ces affirmations appellent naturellement une mise en perspective avec les données budgétaires et les décaissements effectifs de l’État. Wenceslas Yaba assure néanmoins que la continuité du service serait rendue possible grâce à la mobilisation de partenariats et de coopérations permettant d’obtenir médicaments, équipements ou interventions de médecins. Il affirme même que plusieurs structures provinciales auraient été équipées, dans la majorité des cas, sans financement du budget de l’État.

11 000 personnes opérées gratuitement des yeux selon le Samu social

Pour illustrer l’utilité de ce modèle, le responsable met particulièrement en avant le programme « De l’obscurité à la lumière ». Selon les chiffres qu’il communique, 11 000 personnes auraient déjà recouvré la vue gratuitement depuis le lancement du dispositif. Pour la seule année 2026, il avance 821 bénéficiaires et estime à 1,477 milliard de FCFA le coût qu’ils auraient dû supporter s’ils avaient payé eux-mêmes leurs interventions.

« Elles ont eu recours au Samu social gabonais, qui leur a redonné la dignité et la joie de vivre », affirme Wenceslas Yaba. Rapportée aux 821 patients évoqués, son estimation correspond à un coût moyen évité d’environ 1,8 million de FCFA par bénéficiaire. Ces données sont celles avancées par le responsable du Samu social et nécessiteraient, pour une évaluation complète du programme, d’être rapprochées des statistiques médicales, de la nature des interventions réalisées et de leur valorisation financière.

« S’endetter encore et encore » pour maintenir les soins

Wenceslas Yaba assume surtout un fonctionnement dans lequel les prestations continueraient même lorsque les ressources publiques ne sont pas disponibles. « Ce n’est pas parce qu’on fait de grandes choses […] que cela veut dire que c’est fait tout le temps avec de l’argent », explique-t’il. Plus loin, il va jusqu’à considérer que « s’endetter encore et encore devient une vertu, pour ne pas que des innocents ne meurent ».

Cette affirmation soulève cependant une question essentielle de gouvernance sanitaire. Si la continuité des soins constitue une nécessité, le fonctionnement durable d’un service de santé ne peut reposer uniquement sur la capacité de ses responsables à mobiliser des partenaires ou à accumuler des engagements financiers. Les déclarations de Wenceslas Yaba posent ainsi indirectement la question de la prévisibilité du financement public du Samu social, de ses besoins réels et du mécanisme permettant de garantir la gratuité annoncée dans la durée.

La gratuité au cœur d’un débat plus large

Dans sa publication, Wenceslas Yaba rejette également les critiques formulées contre le modèle du Samu social, estimant que sa gratuité et sa disponibilité pourraient déranger certains intérêts économiques. « Il y a les “vérités” de certaines personnes et il y a la réalité implacable  », écrit-il, sans toutefois identifier précisément les acteurs ou intérêts auxquels il fait référence. Il revendique par ailleurs un dispositif qui, selon lui, n’empêche aucun autre acteur sanitaire d’exercer son activité.

Au-delà du ton particulièrement engagé de cette sortie, les chiffres avancés ouvrent surtout un débat de fond. Si le Samu social prend effectivement en charge gratuitement des milliers de patients tout en connaissant plusieurs mois sans décaissement de sa subvention, la question n’est plus seulement celle de défendre ou de critiquer son modèle. Elle devient celle de documenter précisément son financement, son activité médicale, ses partenariats et les économies revendiquées pour les patients et l’État, afin de mesurer objectivement la place qu’occupe désormais ce dispositif dans le système sanitaire gabonais.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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