Gabon : un IDH parmi les meilleurs d’Afrique centrale, mais une jeunesse toujours sans emploi
Le Gabon conserve la première place d’Afrique centrale en matière de développement humain avec un Indice de développement humain (IDH) estimé à 0,733. Pourtant, cette performance contraste avec une réalité sociale préoccupante : le chômage des jeunes demeure élevé, l’insertion professionnelle reste difficile et l’économie peine à absorber une population de plus en plus instruite. Ce paradoxe est au cœur du Rapport national sur le développement humain (RNDH 2026), qui appelle à repenser les politiques de l’emploi et de la formation.
À première vue, les indicateurs sont encourageants. Selon le RNDH 2026, le Gabon figure parmi les pays à développement humain élevé avec un IDH de 0,733, le meilleur niveau enregistré en Afrique centrale. Depuis 1990, cet indice a progressé de près de 46 %, porté notamment par l’amélioration de l’accès à l’éducation et par une hausse de l’espérance de vie.
Une performance régionale qui masque des fragilités
Mais ces avancées ne traduisent pas pleinement la réalité vécue par une grande partie de la population. Le rapport rappelle que le revenu national brut par habitant a diminué de 31 % entre 1990 et 2022, signe des limites d’un modèle économique fortement dépendant des ressources extractives. Derrière les bons classements internationaux subsistent ainsi des fragilités structurelles qui freinent le développement économique et social.
Le principal paradoxe soulevé par le rapport réside dans la situation des jeunes. Alors que le niveau d’instruction progresse régulièrement, le marché du travail reste incapable d’absorber cette main-d’œuvre. Le chômage des jeunes demeure structurellement élevé et cohabite avec des difficultés de recrutement exprimées par certaines entreprises, révélant une inadéquation persistante entre les compétences acquises et les besoins réels de l’économie.
Cette situation est aggravée par de fortes disparités territoriales. Les jeunes vivant hors de l’Estuaire rencontrent davantage de difficultés d’accès à l’emploi, tout comme les jeunes femmes, confrontées à des obstacles supplémentaires pour intégrer le marché du travail ou créer leur propre activité. Face au manque d’opportunités salariales, beaucoup se tournent vers l’entrepreneuriat par nécessité, sans toujours bénéficier des financements ou de l’accompagnement indispensables à la réussite de leurs projets.
Une croissance qui ne crée pas assez d’emplois
Pour les rédacteurs du RNDH, cette situation illustre les limites du modèle de croissance gabonais. Longtemps soutenue par la rente pétrolière, l’économie a permis d’améliorer certains indicateurs sociaux sans générer un volume suffisant d’emplois productifs. La diversification économique, bien qu’engagée, peine encore à produire ses effets sur le marché du travail.
Le rapport insiste ainsi sur la nécessité de développer des secteurs à fort potentiel de création d’emplois, notamment l’agriculture, l’agro-industrie, le numérique, les industries de transformation, les énergies, le tourisme ou encore l’économie verte. L’objectif est de mieux connecter les investissements réalisés dans ces filières avec les besoins en compétences et les perspectives d’embauche des jeunes.
Transformer le capital humain en levier de développement
Au-delà du diagnostic, le RNDH 2026 invite à un changement profond de stratégie. Il recommande de renforcer la formation technique et professionnelle, d’adapter les cursus aux attentes du secteur productif, de territorialiser les politiques de l’emploi, de consolider le rôle du Programme national de promotion de l’emploi (PNPE) et de faciliter l’accès des jeunes entrepreneurs au financement ainsi qu’à la commande publique.
Le message est clair : le développement humain ne peut plus être évalué uniquement à travers des indicateurs internationaux. Il doit aussi se mesurer à la capacité du pays à offrir à sa jeunesse des perspectives professionnelles durables. Car si le Gabon peut se prévaloir de l’un des meilleurs IDH d’Afrique centrale, le véritable défi reste désormais de transformer ce capital humain en moteur de croissance, de création de richesse et d’emplois pour les générations qui construiront le pays de demain.









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