Gabon : la BEAC anticipe un nouveau coup de frein de la filière bois en 2026
Le secteur forestier gabonais s’apprête à traverser une nouvelle zone de turbulences. Selon les dernières prévisions de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), la production nationale de bois devrait s’établir à 3,1 millions de mètres cubes en 2026. Ce chiffre confirme un repli amorcé depuis maintenant trois ans, entraînant dans sa chute les exportations globales de la zone CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), attendues en baisse de 7,3 %.
Pourtant leader régional devant le Cameroun et le Congo, le Gabon subit les effets combinés de décisions souveraines et d’une conjoncture internationale morose.
Le double choc de la transformation locale et du marché mondial
Comment expliquer cette érosion continue des volumes ? Pour les experts, deux facteurs majeurs se superposent. D’une part, la décision historique de Libreville d’interdire l’exportation des grumes (le bois brut non transformé) limite mécaniquement les cargaisons brutes quittant les ports nationaux.
D’autre part, la demande mondiale tourne au ralenti. La filière subit de plein fouet la crise de l’immobilier en Chine, qui reste le principal acheteur de bois tropicaux. À cela s’ajoute la concurrence agressive du pin brésilien, vendu à bas coût. Selon l’Association technique internationale des bois tropicaux (ATIBT), ce climat économique maussade devrait persister au moins jusqu’à la mi-2027.
Les retombées financières sont rudes pour les opérateurs. En 2025, les recettes d’exportation de la filière gabonaise ont ainsi dégringolé de 23,7 %, pénalisant des acteurs historiques comme le groupe français Rougier, dont le chiffre d’affaires a reculé de 20 %.
Le pari réussi de l’industrialisation à Nkok
Derrière cette baisse globale des volumes exportés se cache pourtant une transformation structurelle majeure. En obligeant les entreprises à transformer le bois sur place, le Gabon a réussi à développer un tissu industriel local performant.
Le cœur de cette stratégie bat à la Zone économique spéciale (ZES) de Nkok. Entre 2010 et 2023, le nombre d’usines de transformation dans le pays est passé de 85 à 217, soit un bond spectaculaire de 155 %. Cette stratégie de valorisation locale commence à porter ses fruits : en juin 2025, le chiffre d’affaires de la filière bois a dépassé les 74 milliards de FCFA. Désormais consolidée, elle s’impose comme le deuxième pilier de l’économie gabonaise, juste derrière l’indétrônable secteur pétrolier.









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