Gabon : santé mentale, l’urgence de sortir des discours
En janvier dernier, le ministre de la Santé, le Pr. Elsa Joséphine Ayo épse Bivigou, rappelait lors d’une journée de sensibilisation la nécessité de lever le tabou qui entoure la santé mentale au Gabon. Cette déclaration, saluée par de nombreux acteurs du secteur, met en lumière une réalité longtemps ignorée, celle d’un mal-être profond qui touche toutes les couches de la société, souvent dans l’indifférence ou la stigmatisation.
La santé mentale n’est plus une affaire de silence, mais une responsabilité collective rappelait le membre du gouvernement. Cependant, au-delà des mots, l’urgence d’agir se fait de plus en plus pressante. Le bien-être mental peine encore à s’imposer comme une priorité nationale. Le pays ne compte à ce jour qu’un nombre extrêmement limité de psychiatres, estimé à deux, pour une population de plus de deux millions d’habitants. Cette insuffisance criante rend difficile l’accès aux soins spécialisés et expose de nombreux patients à une prise en charge tardive, voire inexistante.
Des efforts à consolider pour une prise en charge efficace
Les troubles mentaux, qu’il s’agisse de dépression, d’anxiété ou de pathologies plus lourdes, nécessitent pourtant un suivi régulier, structuré et accessible. Les familles, souvent démunies face à ces situations, ont besoin d’un accompagnement adapté pour éviter l’isolement et les dérives. Dans ce contexte, le rôle du Centre national de santé mentale (CNSM) apparaît essentiel. Cette structure, dont les efforts sont à saluer, propose déjà un dispositif relativement complet pour répondre aux besoins des populations.
Parmi ses initiatives, la mise en place d’un service d’urgences psychiatriques opérationnel 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 constitue une avancée notable. Assuré par des techniciens supérieurs en santé mentale, ce service permet d’intervenir rapidement en cas de crise, limitant ainsi les complications liées à une prise en charge tardive. Néanmoins, ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur des besoins. L’augmentation des capacités d’accueil, le renforcement du personnel qualifié et la décentralisation des services sont autant de défis à relever pour garantir un accès équitable aux soins sur l’ensemble du territoire.
Sortir des discours implique donc de passer à une action concrète et durable. Il ne s’agit plus seulement de sensibiliser, mais de construire un véritable système de santé mentale, inclusif et performant, capable de répondre aux réalités du terrain.









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