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Gabon : restaurer le vivre-ensemble avant qu’il ne soit trop tard

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Derrière les crises sociales, les tensions politiques et les témoignages de plus en plus alarmants de jeunes Gabonais en détresse, une question fondamentale émerge : le Gabon est-il en train de perdre le sens du vivre-ensemble ? Entre égoïsme institutionnel, fragmentation sociale et banalisation de l’indifférence, le pays semble progressivement s’éloigner de cette idée essentielle selon laquelle une Nation ne tient que par la solidarité entre ses citoyens.

Le Gabon traverse une crise silencieuse, mais profonde. Une crise que les chiffres économiques ne mesurent pas, que les discours officiels contournent souvent, mais que les citoyens ressentent chaque jour dans leurs rapports humains. Cette crise est celle du vivre-ensemble. Elle se manifeste dans les administrations, dans les quartiers, dans les rapports sociaux, jusque dans les trajectoires de jeunes Gabonais contraints de quitter leur pays pour chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent plus ici : protection, considération, perspectives et parfois simplement dignité.

Quand une Nation commence à se fissurer

Le plus inquiétant est que cette fracture devient progressivement une normalité sociale. Chacun se replie sur son cercle, son réseau, sa communauté, son intérêt immédiat. La solidarité nationale recule au profit d’un individualisme brutal où la réussite personnelle semble désormais plus importante que l’équilibre collectif. Dans ce climat, certains finissent même par considérer la vulnérabilité des autres comme une opportunité plutôt qu’une responsabilité.

Une société commence à se désintégrer lorsque ses enfants cessent de se protéger mutuellement. Lorsqu’un “grand frère” devient un prédateur, lorsqu’un réseau communautaire devient un instrument de domination, lorsqu’un citoyen considère la détresse d’un autre comme un moyen de renforcer son propre pouvoir, alors ce n’est plus seulement un problème moral individuel. C’est une crise collective de civilisation.

Le poison lent de l’égoïsme institutionnel

Cette situation n’est pas apparue par hasard. Elle est le produit d’un modèle social progressivement contaminé par l’égoïsme institutionnel. Pendant des années, le pays a laissé s’installer l’idée que l’accès aux opportunités dépendait moins du mérite que des réseaux, des appartenances ou des proximités avec certains centres de pouvoir. Cette logique a profondément fragilisé le sentiment national.

Lorsqu’un citoyen a le sentiment qu’il doit “connaître quelqu’un” pour avancer, il cesse progressivement de croire à la République. Et lorsqu’une société cesse de croire dans ses institutions, elle bascule dans une logique de survie individuelle. Chacun tente alors de sécuriser sa place, parfois au détriment des autres. C’est ainsi que naissent les sociétés froides, méfiantes et fragmentées.

Restaurer la confiance avant qu’elle ne disparaisse

Le danger est que cette fracture devienne irréversible. Une Nation peut survivre à des crises économiques. Elle peut surmonter des difficultés politiques. Mais elle se relève beaucoup plus difficilement lorsque la confiance collective disparaît. Car le vivre-ensemble repose sur un principe simple : croire que l’autre n’est pas une menace permanente.

Restaurer cette confiance suppose donc un effort national profond. Cela implique des institutions plus justes, une école capable de recréer un sentiment républicain, une administration plus humaine et une élite consciente de ses responsabilités sociales. Le rôle des dirigeants n’est pas seulement de gouverner un territoire. Il est aussi de protéger l’équilibre moral de la société.

Une urgence nationale

Le Gabon est encore à temps. Mais le temps commence à devenir un facteur politique critique. Chaque injustice tolérée, chaque humiliation banalisée, chaque silence face aux abus fragilise un peu plus le tissu national. Une société ne se détruit jamais brutalement. Elle s’effrite lentement, à travers l’accumulation des renoncements collectifs.

Restaurer le vivre-ensemble n’est donc pas un slogan humaniste abstrait. C’est une urgence stratégique pour la stabilité du pays. Car une Nation où les citoyens cessent de croire les uns en les autres devient mécaniquement vulnérable à toutes les fractures : sociales, politiques, identitaires et économiques.

Le Gabon doit choisir ce qu’il veut devenir

Le Gabon est à un tournant historique. Il peut continuer à avancer dans une logique de fragmentation silencieuse où chacun tente de sauver sa propre position. Ou il peut décider de reconstruire un projet collectif fondé sur la justice, la dignité et la solidarité nationale. Ce choix déterminera bien plus que le climat social des prochaines années : il déterminera la capacité même du pays à rester une communauté nationale cohérente.

Car au fond, le développement commence toujours par une question simple : sommes-nous encore capables de nous considérer comme un même peuple ?

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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