Gabon : quand l’égoïsme des détenteurs du pouvoir bloque le partage des richesses
Le Gabon n’est pas un pays pauvre. Avec ses ressources pétrolières, minières, forestières et sa faible démographie, il possède objectivement les moyens d’assurer un niveau de vie largement supérieur à celui observé aujourd’hui. Pourtant, les inégalités persistent et le sentiment d’exclusion progresse. Plus qu’un problème de création de richesse, le Gabon fait face à une crise plus profonde : celle d’un égoïsme social et politique qui concentre les opportunités entre quelques mains.
Le Gabon souffre d’un mal dont on parle peu avec franchise : l’égoïsme des élites. Depuis des décennies, le débat public tourne autour de la répartition des richesses, comme si le problème central du pays résidait uniquement dans la distribution des revenus. C’est une lecture partielle. Car avant même la redistribution, il existe une question plus fondamentale : qui contrôle les leviers de décision, les opportunités économiques et les mécanismes d’ascension sociale ?
Une République verrouillée par des logiques de clans
Le véritable drame gabonais n’est pas l’absence de richesse. Le Gabon est objectivement un pays riche. Peu de nations africaines disposent d’un tel potentiel naturel avec une population aussi réduite de moins 2,5 millions d’habitants. Le problème réside dans une culture profondément enracinée de captation des opportunités. Chacun veut contrôler son secteur, son administration, son marché, son cercle d’influence, parfois son « village administratif ». Et cette logique produit une société fragmentée où l’intérêt collectif recule devant les intérêts individuels.
Le phénomène est visible dans tous les secteurs stratégiques. Qu’il s’agisse de l’administration, des marchés publics, de l’accès à l’emploi ou des initiatives économiques, les mêmes mécanismes se répètent : proximité, réseau, appartenance, fidélité. Il faut être le bon petit d’un bon grand pour saisir telles ou telles opportunités, il faut appartenir à telle obédience ou à tel formation politique, ressortir de telles ou telles autres localités. Trop souvent, les compétences deviennent secondaires face aux logiques relationnelles. Et lorsqu’une société cesse de promouvoir le mérite, elle finit toujours par produire de la frustration et de l’inefficacité.
Le danger de ce système est qu’il détruit progressivement le sentiment national. Car un citoyen qui a le sentiment que tout est verrouillé finit par se désengager de la République. Il ne croit plus à l’effort, il ne croit plus à l’égalité des chances et il finit par considérer que son avenir dépend davantage de ses connexions que de son travail. Une Nation ne peut durablement avancer dans un tel climat psychologique.
Le poison de l’égoïsme national
Le plus inquiétant est peut-être ailleurs : dans l’acceptation progressive de cette situation comme une normalité. Beaucoup considèrent désormais comme logique qu’un responsable arrivé à un poste privilégie immédiatement son cercle familial, ethnique ou relationnel. Cette banalisation du favoritisme détruit silencieusement l’idée même de République. Car une République repose précisément sur le dépassement des appartenances particulières au profit de l’intérêt général.
Le développement du Gabon exige donc un changement profond de logiciel mental. Il faut sortir d’une logique où chacun cherche uniquement à sécuriser son confort personnel sans se soucier des conséquences collectives. Aucun pays ne devient puissant lorsque ses élites vivent dans l’entre-soi pendant que la majorité lutte simplement pour survivre. À long terme, cette fracture devient toujours une menace politique et sociale.
Le Gabon doit choisir entre possession et partage
Le Gabon est à un tournant historique. Il possède encore les ressources nécessaires pour construire un modèle de développement équilibré et humain. Mais cela suppose une rupture claire avec l’égoïsme structurel qui mine les institutions, l’économie et les rapports sociaux. Le défi n’est plus uniquement de produire de la richesse. Il est de créer une société où cette richesse bénéficie réellement au plus grand nombre.
Car au fond, une Nation ne se juge pas à la fortune de quelques-uns, mais à la dignité offerte à tous. Et tant que le Gabon restera prisonnier de logiques de confiscation, il continuera de donner au monde cette image paradoxale : celle d’un pays immensément riche dont une partie du peuple continue pourtant de vivre dans la précarité.









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