Gabon : près d’un jeune sur trois au chômage malgré une croissance économique positive
Au Gabon, la croissance économique peine toujours à se traduire par une amélioration significative de l’emploi des jeunes. Selon la Note de conjoncture économique du Gabon 2026 publiée par la Banque mondiale, le taux de chômage des 15-35 ans atteint 30,5 %, alors que l’économie nationale a enregistré une croissance de 3,2 % en 2025. Ce contraste met en évidence les limites d’un modèle économique dont les performances ne génèrent pas suffisamment d’emplois productifs et durables pour une population jeune confrontée à des difficultés persistantes d’insertion professionnelle.
La progression du produit intérieur brut (PIB) constitue traditionnellement l’un des principaux indicateurs utilisés pour apprécier la santé d’une économie. Pourtant, une augmentation de la richesse produite ne signifie pas nécessairement une amélioration proportionnelle des conditions de vie des populations. Au Gabon, cette distinction prend une dimension particulière. Malgré plusieurs années de croissance positive, le chômage demeure élevé et les inégalités persistent. Dans son rapport 2026, la Banque mondiale souligne ainsi la nécessité de transformer les performances macroéconomiques en emplois mieux rémunérés, notamment grâce au développement d’un secteur privé plus dynamique.
Une croissance économique qui profite insuffisamment à l’emploi
Selon les données de la Banque mondiale, le PIB réel du Gabon a progressé de 3,2 % en 2025, contre 3,4 % en 2024. Cette croissance a notamment été soutenue par les investissements publics dans les infrastructures, la construction et les services. Toutefois, la progression du PIB par habitant s’est limitée à 1,1 %, ce qui relativise l’ampleur de l’amélioration économique rapportée à la population. Dans le même temps, la production pétrolière a reculé de 2,9 %.
Le décalage apparaît plus nettement à travers les indicateurs sociaux. Le chômage touchait 30,5 % des jeunes âgés de 15 à 35 ans, contre 17,4 % de l’ensemble de la population active, selon les données de 2024 reprises dans le rapport. Autrement dit, près d’un jeune actif sur trois était sans emploi. Cette situation rappelle qu’une économie peut enregistrer une croissance positive sans créer suffisamment de postes pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail.
Un tissu économique encore trop limité pour recruter
L’une des principales explications réside dans la structure même de l’économie gabonaise. Selon la Banque mondiale, seuls trois travailleurs sur dix occupent un emploi formel dans le secteur privé. Deux travaillent dans le secteur public, tandis que les cinq autres exercent des activités indépendantes, informelles ou assimilées. Cette répartition traduit l’étroitesse du secteur privé formel, dont la capacité de recrutement demeure insuffisante face aux besoins d’une population active en progression.
Le phénomène touche également les diplômés. Le chômage atteint 25,4 % chez les actifs titulaires d’un diplôme universitaire, tandis que plus de 55 % des salariés possèdent un niveau de formation supérieur à celui exigé par leur emploi. Ces chiffres révèlent une double difficulté : l’économie ne crée pas assez d’emplois et les postes disponibles ne correspondent pas toujours aux qualifications des travailleurs. La croissance de certains secteurs, notamment ceux fortement capitalistiques, ne se traduit donc pas automatiquement par des recrutements proportionnels à leur contribution au PIB.
Une amélioration des indicateurs qui ne suffit pas à réduire la précarité
Les données relatives à la pauvreté confirment les limites de la croissance actuelle. D’après les estimations de la Banque mondiale, le taux de pauvreté national est passé de 33,4 % en 2017 à 28,7 % en 2024. Malgré cette diminution, environ 729 000 Gabonais vivaient encore sous le seuil national de pauvreté, fixé à 840 400 FCFA par personne et par an. Ces chiffres montrent que les progrès économiques enregistrés n’ont pas encore permis de réduire suffisamment les difficultés matérielles d’une partie importante de la population.
Cette situation interroge également la qualité de la croissance. Lorsqu’elle repose principalement sur l’exploitation des ressources naturelles ou sur des investissements dont les effets sur l’emploi restent limités, l’augmentation du PIB peut coexister avec un chômage élevé. Pour produire des retombées sociales plus importantes, la croissance doit s’accompagner d’une diversification des activités, d’une meilleure productivité des entreprises et d’une augmentation des revenus du travail.
Faire de l’emploi le véritable indicateur de la transformation économique
Face à ces déséquilibres, la Banque mondiale recommande de renforcer simultanément la formation professionnelle, l’accès au financement, la compétitivité des entreprises et l’environnement des affaires. L’agriculture, la transformation du bois, les mines, l’écotourisme et les services associés figurent parmi les secteurs susceptibles d’offrir de nouvelles perspectives d’emploi. Leur développement suppose néanmoins des infrastructures fiables, un approvisionnement électrique régulier et des entreprises capables d’investir durablement.
L’enjeu pour les pouvoirs publics dépasse ainsi la seule recherche d’un taux de croissance élevé. Il consiste à favoriser une économie dans laquelle l’augmentation de la production se traduit effectivement par davantage d’emplois formels, des rémunérations plus élevées et une réduction de la pauvreté. Dans un pays où près d’un jeune actif sur trois demeure au chômage, la réussite de la transformation économique devra aussi se mesurer à la capacité de la croissance à améliorer concrètement les conditions de vie des Gabonais.









GMT TV
Erreur 403 : The request cannot be completed because you have exceeded your quota..
Domain code: youtube.quota
Reason code: quotaExceeded
Erreur : aucune vidéo n’a été trouvée.
Assurez-vous qu’il s’agit d’un identifiant de chaine valide et que la chaine a des vidéos disponibles sur youtube.com.