Gabon : l’APIC appelle à mieux protéger les entreprises de presse face aux risques économiques et institutionnels
L’Association des professionnels de l’information et de la communication (APIC Gabon) a consacré une nouvelle édition de son Café des médias aux enjeux de l’assurance et de l’entrepreneuriat dans le secteur de la presse. Sous la conduite de son président, Abel Eyeghe Ekore, cette rencontre a réuni des professionnels des médias autour du Dr Crépin Gwodog, responsable de Samb’a Assurances, et de Harold Leckat Igassela, journaliste, entrepreneur et auteur de l’essai Entreprendre au Gabon : sous la brimade institutionnelle. En présence notamment de Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, vice-président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), les échanges ont porté sur la protection des entreprises médiatiques, leur résilience et les conditions de leur pérennité.
Comment garantir la survie économique des entreprises de presse gabonaises dans un environnement marqué par des contraintes financières, juridiques et institutionnelles ? Cette interrogation a constitué le fil conducteur du Café des médias organisé par l’APIC Gabon. Au-delà des difficultés rencontrées quotidiennement par les rédactions, les participants ont été invités à considérer les organes de presse comme de véritables entreprises, confrontées aux mêmes obligations de gestion, de protection des salariés et de maîtrise des risques que les autres acteurs économiques. Une approche qui place la structuration des médias au cœur des enjeux de professionnalisation du secteur.
Abel Eyeghe Ekore plaide pour des médias économiquement résilients
Dans son discours d’ouverture, le président de l’APIC Gabon, Abel Eyeghe Ekore, a insisté sur la nécessité de dépasser une conception exclusivement éditoriale des entreprises médiatiques. « Un média n’est pas simplement une rédaction, c’est aussi une entreprise avec des équipements à protéger, des équipes à accompagner, des risques à anticiper. », a-t-il déclaré. Pour le responsable associatif, la vulnérabilité économique d’un organe de presse peut directement affecter sa capacité à produire une information de qualité, à investir et à remplir sa mission auprès du public.

Abel Eyeghe Ekore a également rappelé que la résilience entrepreneuriale ne devait pas se limiter à la capacité de résister aux difficultés. Elle implique une meilleure organisation, l’anticipation des risques et la recherche de modèles de développement durables. À travers ses Cafés des médias, l’APIC entend ainsi favoriser le partage d’expériences, le perfectionnement des professionnels et le dialogue avec les institutions et les entreprises susceptibles d’accompagner la structuration du secteur.
Samb’a Assurances présente les enjeux de la couverture des risques
Invité à intervenir sur la dimension assurantielle, le Dr Crépin Gwodog, responsable de Samb’a Assurances, a présenté Samb’a Communication aux participants. Son intervention s’inscrivait dans une réflexion sur les risques auxquels sont exposées les entreprises de presse et sur l’intérêt d’intégrer leur couverture dans les stratégies de gestion. Pour les organes médiatiques, la protection des locaux, des équipements, des collaborateurs et de la responsabilité professionnelle constitue un enjeu important de continuité d’activité.
Cette présentation a permis de mettre en perspective la nécessité d’une meilleure connaissance des solutions d’assurance adaptées aux métiers de l’information et de la communication. Dans un secteur où les moyens matériels et financiers peuvent être limités, l’enjeu consiste à identifier les risques prioritaires et à rechercher des mécanismes de protection compatibles avec les capacités économiques des entreprises. La prévention apparaît ainsi comme un élément de leur professionnalisation, au même titre que la gestion financière ou l’organisation rédactionnelle.
Harold Leckat Igassela alerte sur les limites de l’assurance face à l’arbitraire
Prenant la parole à son tour, Harold Leckat Igassela, directeur de publication de Gabon Media Time, a établi un lien entre la problématique de l’assurance et les difficultés développées dans son ouvrage Entreprendre au Gabon : sous la brimade institutionnelle. Revenant sur son parcours de juriste devenu journaliste puis entrepreneur de médias, il a évoqué les obstacles liés à l’insécurité juridique, aux lenteurs administratives et au non-respect de certains engagements contractuels. « L’initiative est tolérée, rarement facilitée, souvent éprouvée. », a-t-il rappelé, citant un passage de son livre.

L’entrepreneur a surtout insisté sur les limites des mécanismes classiques de couverture des risques. « Une entreprise peut assurer ses locaux, son matériel, ses salariés ou sa responsabilité civile. Mais aucune police d’assurance ne peut totalement la protéger contre l’imprévisibilité institutionnelle, l’insécurité juridique ou l’arbitraire. », a-t-il souligné. Selon lui, cette vulnérabilité présente une dimension particulière dans le secteur médiatique, dans la mesure où la fragilisation économique d’une entreprise de presse peut également compromettre son indépendance éditoriale.
Vers un pacte pour sécuriser l’entrepreneuriat médiatique
Face à ces difficultés, Harold Leckat Igassela a défendu l’idée d’un pacte national pour un entrepreneuriat libre et engagé, reposant sur des engagements réciproques. À l’État reviendraient notamment la garantie de la sécurité juridique, le respect des obligations contractuelles et la protection contre l’arbitraire. Les entrepreneurs devraient, pour leur part, renforcer leurs pratiques de gestion, leur transparence et leur conformité aux exigences légales. « L’objectif n’est pas d’opposer l’État et l’entreprise. Il est de les réconcilier autour de la confiance. », a-t-il précisé.
En réunissant professionnels de la presse, acteurs de l’assurance et entrepreneurs, cette édition du Café des médias a mis en évidence deux dimensions complémentaires de la pérennité des organes de presse : la maîtrise des risques propres à leur activité et la nécessité d’un environnement institutionnel prévisible. Pour les entreprises médiatiques gabonaises, le défi ne consiste donc pas uniquement à assurer leurs équipements ou leurs salariés, mais également à disposer des garanties économiques et juridiques indispensables à l’exercice durable d’une information indépendante.









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