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Gabon : les intérêts de la dette engloutissent l’équivalent des budgets de la santé et de l’éducation réunis

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Au Gabon, le poids de la dette publique constitue désormais une contrainte majeure pour le financement des services sociaux essentiels. Selon la Note de conjoncture économique du Gabon 2026 publiée par la Banque mondiale, les seuls intérêts de la dette ont représenté 4,1 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, soit l’équivalent des budgets cumulés consacrés à la santé et à l’éducation cette même année. Un déséquilibre qui illustre les arbitrages budgétaires auxquels l’État est confronté, alors que les besoins en infrastructures sanitaires, scolaires et en formation demeurent considérables.

Le constat dressé par la Banque mondiale met en évidence l’une des principales contradictions des finances publiques gabonaises : alors que le pays doit investir massivement dans son capital humain pour soutenir la croissance et réduire le chômage, une part importante de ses ressources est absorbée par le coût de l’endettement. Dans sa publication consacrée à l’économie gabonaise en 2026, l’institution financière internationale relève une dégradation rapide des équilibres budgétaires, alimentée notamment par la baisse des recettes pétrolières et l’accélération des investissements publics. Cette situation réduit les marges de manœuvre disponibles pour financer les politiques sociales et les priorités de développement.

Des intérêts de la dette aussi élevés que les budgets sociaux réunis

Selon les données présentées par la Banque mondiale, les intérêts de la dette publique ont atteint 4,1 % du PIB en 2025. À eux seuls, ces paiements représentent l’équivalent des budgets cumulés alloués à la santé et à l’éducation au cours du même exercice. Cette comparaison ne signifie pas que ces budgets ont été directement transférés aux créanciers, mais elle permet de mesurer l’ampleur des ressources mobilisées pour rémunérer la dette, indépendamment du remboursement du capital emprunté.

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La situation apparaît d’autant plus préoccupante que les arriérés de dette représentent également 3,8 % du PIB, selon le rapport. Parallèlement, le déficit budgétaire aurait atteint environ 12 % du PIB en 2025, tandis que les dépenses publiques se sont établies à 32,6 % du PIB. Ces indicateurs traduisent une pression importante sur la trésorerie publique et interrogent la capacité de l’État à poursuivre ses investissements sans accroître davantage ses charges financières.

Santé et éducation : des besoins considérables face aux contraintes budgétaires

Cette situation intervient alors que les secteurs sociaux affichent des besoins structurels importants. La Banque mondiale souligne notamment que les dépenses publiques consacrées à la santé et à l’éducation ont représenté environ 4 % du PIB sur la période 2022-2024, soit moins de la moitié de la moyenne observée en Afrique subsaharienne. Dans un pays confronté à des difficultés d’accès aux soins et à des insuffisances dans les infrastructures éducatives, la question de l’allocation des ressources publiques devient particulièrement sensible.

Les indicateurs relatifs à l’éducation illustrent l’ampleur des défis. D’après la même publication, seuls 10,1 % des élèves de quatrième année du primaire atteignent le niveau minimal de compétence en lecture et en mathématiques. Le taux de redoublement dans le primaire public s’élève à 28 %, tandis que seulement 1,2 % des écoles rurales de l’échantillon étudié disposent de toilettes fonctionnelles. Autant de carences qui nécessitent des financements durables, mais également une amélioration de l’efficacité des dépenses engagées.

Réduire le coût de la dette pour préserver les investissements prioritaires

Face à cette dégradation, la Banque mondiale recommande un programme crédible d’assainissement des finances publiques, reposant notamment sur une meilleure maîtrise des dépenses, le renforcement de la mobilisation des recettes fiscales et une gestion plus transparente de la dette. L’institution préconise également de réduire le coût des arriérés et des intérêts afin de dégager les ressources nécessaires au financement du Plan national de croissance et de développement (PNCD).

L’enjeu ne consiste donc pas uniquement à limiter l’endettement, mais à améliorer les conditions dans lesquelles l’État emprunte, rembourse et hiérarchise ses investissements. Une dette peut contribuer au développement lorsqu’elle finance des projets productifs, mais son coût devient problématique lorsqu’il restreint durablement les moyens consacrés aux services essentiels. Pour le Gabon, la question est désormais de savoir comment restaurer l’équilibre des finances publiques sans sacrifier les investissements dans la santé, l’éducation et la formation, dont dépend précisément la capacité du pays à construire une croissance plus inclusive.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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