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Gabon : Bilie-By-Nze placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville

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 A la suite de sa présentation au Tribunal de première instance de Libreville, Alain-Claude Bilie-By-Nze, figure de proue de l’opposition et ancien Premier ministre, a été placé sous mandat de dépôt ce jeudi 16 avril au soir. Cette décision fait suite à son interpellation musclée survenue mercredi dernier à son domicile de Libreville.

Lors d’un point de presse tenu quelques heures avant, le procureur de la République, Dick Fabrice Boungou Mikolo, a précisé que l’opposant fait l’objet d’une enquête pour « faits présumés d’escroquerie et d’abus de confiance ». Au cœur du dossier : une plainte déposée par une citoyenne concernant le non-remboursement de 5 millions de FCFA.

Ces fonds auraient été versés en 2008 dans le cadre de l’organisation de la « Fête des cultures », dont Bilie-By-Nze présidait alors le comité. Si la justice affirme agir en toute indépendance, son parti, Ensemble pour le Gabon (EPG), dénonce une instrumentalisation flagrante. Selon la formation politique, il s’agit d’une dette institutionnelle de l’État indûment imputée à l’individu pour justifier une arrestation « brutale ».

Un climat de tension démocratique

Cette incarcération intervient dans un contexte social et politique particulièrement tendu sous la présidence de Brice Oligui Nguema. Ancien candidat à la présidentielle de 2025, Bilie-By-Nze s’était imposé ces derniers mois comme le critique le plus virulent du régime, dénonçant notamment la suspension prolongée des réseaux sociaux et la réforme controversée du code de la nationalité, permettant la déchéance de nationalité pour « activités subversives ».

« C’est une manœuvre politique grave visant à faire taire une voix critique majeure et à instaurer un climat d’intimidation », a fustigé l’EPG dans un communiqué.

Alors que le pays est déjà secoué par des mouvements sociaux, notamment dans le secteur de l’éducation, l’emprisonnement de l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo marque un tournant. Pour ses partisans, la justice est ici utilisée comme un outil de neutralisation politique, transformant un litige financier vieux de 18 ans en une affaire d’État.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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Un commentaire

  1. Mandat de dépôt ou mandat politique ?
    Réflexion sur une justice de nécessité… ou d’opportunité

    Il est des décisions judiciaires qui, au-delà de leur base légale apparente, interrogent par leur opportunité réelle. Le placement sous mandat de dépôt d’un ancien Premier ministre pour des faits anciens, d’un montant relativement modeste et relevant, à première vue, d’un contentieux de nature patrimoniale, en fait partie.

    Car une question simple s’impose : pourquoi incarcérer immédiatement ?

    En droit, la détention préventive n’est pas une sanction. Elle est une mesure exceptionnelle, strictement encadrée, justifiée uniquement par des nécessités concrètes : empêcher une fuite, préserver les preuves, éviter les pressions, garantir la représentation du mis en cause. Elle ne saurait être utilisée ni comme une réponse automatique à une infraction, ni comme un instrument de contrainte indirecte.

    Or, en l’espèce, ces nécessités interrogent.

    L’homme placé en détention n’est ni un inconnu, ni un justiciable insaisissable. Il est une figure publique, constamment exposée, intervenant régulièrement dans le débat national, prenant position sur des sujets sensibles, contestant publiquement certaines orientations du pouvoir, y compris récemment sur le code de la nationalité ou la suspension des réseaux sociaux.

    Faut-il sérieusement soutenir qu’un tel profil présentait un risque de fuite ?

    Faut-il croire qu’il aurait subitement disparu du paysage alors même qu’il occupait activement la scène politique et médiatique ?

    À défaut d’éléments précis et circonstanciés, l’argument paraît fragile.

    De même, les faits reprochés remontent à près de deux décennies. Dès lors, en quoi une incarcération immédiate était-elle nécessaire pour préserver des preuves qui, par nature, ne sont plus fragiles depuis longtemps ? En quoi existait-il un risque soudain de pression ou de disparition d’éléments matériels dans un dossier ancien ?

    La question devient alors inévitable : quelle est la véritable fonction de ce mandat de dépôt ?

    Il ne peut être, en droit, un moyen de contraindre au remboursement d’une somme litigieuse. La justice pénale n’est pas un instrument de recouvrement. Enfermer pour faire payer n’est pas juger, c’est détourner la finalité de la contrainte pénale.

    Dans ces conditions, le sentiment d’un décalage s’installe.

    D’un côté, des affaires autrement plus graves , violences, morts d’hommes, allégations de torture pendant la période de couvre-feu ,ont donné lieu à des annonces d’enquêtes, sans que l’opinion publique ne perçoive, avec la même clarté, des suites judiciaires effectives.

    De l’autre, un dossier ancien, longtemps silencieux, ressurgit soudainement avec une intensité procédurale maximale : interpellation à domicile, exposition médiatique, incarcération immédiate.

    Ce contraste ne constitue pas une preuve. Mais il forme un faisceau d’interrogations légitimes.

    Car la justice ne se juge pas seulement à ce qu’elle fait, mais à la manière dont elle le fait, et surtout à la cohérence de son action.

    Lorsqu’elle apparaît rapide et ferme dans certains cas, mais lente ou silencieuse dans d’autres, elle s’expose à une critique redoutable : celle de la sélectivité.

    Et lorsque cette sélectivité semble coïncider avec la position politique des personnes concernées, le doute s’installe plus profondément encore.

    Il ne s’agit pas ici de nier la possibilité de poursuites. Nul n’est au-dessus de la loi. Mais encore faut-il que la loi s’applique avec la même rigueur, la même constance, et la même nécessité pour tous.

    À défaut, la contrainte judiciaire perd sa neutralité pour devenir un SIGNAL ?

    Un signal adressé à un individu, peut-être.
    Mais aussi, plus largement, un signal adressé à tous ceux qui observent.

    Car une justice qui enferme sans nécessité clairement démontrée prend le risque d’être perçue non comme protectrice de l’ordre juridique, mais comme outil de régulation du champ politique.

    Et dans un État de droit, cette frontière ne devrait jamais devenir floue.

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