Gabon : la maltraitance des enfants cache t-elle le mal-être des parents ?
Une affaire a récemment bouleversé l’opinion publique au Gabon, celle de la séquestration d’un enfant victime de maltraitance de la part de sa mère. Ce drame relance une question sensible, la violence exercée sur les enfants peut-elle traduire le mal-être des parents ? Pour mieux comprendre ce phénomène, la psychologue clinicienne Rita Medza apporte son éclairage sur les origines et les conséquences de ces comportements.
Selon la spécialiste, la maltraitance est en contradiction totale avec la notion d’amour parental. Rita Medza la définit comme«tout acte, parole ou omission qui porte atteinte aux droits, à la santé, aux besoins fondamentaux ou au développement d’une personne». À l’inverse, l’amour repose sur l’attachement, l’affection et la recherche du bien-être de l’autre. Ainsi, lorsqu’un parent maltraite son enfant, cela peut révéler un manque d’affection profonde, souvent lié à son propre vécu et à des blessures psychologiques non résolues.
Un mal-être souvent à l’origine des violences
La psychologue clinicienne estime également que les violences parentales peuvent être le reflet d’un profond mal-être psychologique, émotionnel ou social. « Lorsqu’un parent ne jouit pas d’un bien-être mental, physique ou social, il peut prendre son enfant comme défouloir », explique-t-elle. Isolement, frustrations, difficultés financières ou absence de soutien sont autant de facteurs qui peuvent pousser certains adultes à exercer leur colère sur plus faible qu’eux. Dans ce contexte, les enfants deviennent les premières victimes de la souffrance silencieuse de leurs parents.
Parmi les facteurs favorisant la violence parentale, Rita Medza cite en priorité les traumatismes vécus durant l’enfance. En effet, de nombreux parents reproduiraient inconsciemment les violences qu’ils ont eux-mêmes subies. À cela s’ajoutent la pression sociale, les addictions, les troubles psychiatriques ou encore les difficultés économiques. Bien qu’elle ne dispose pas de statistiques officielles sur le Gabon, la psychologue affirme observer régulièrement ces réalités dans sa pratique professionnelle.
Correction ou maltraitance, où se situe la limite ?
Concernant la frontière entre la correction et la maltraitance, la spécialiste rappelle qu’une punition ne doit jamais être guidée par la colère ou la brutalité. D’ailleurs dans plusieurs pays, les châtiments corporels sont interdits afin d’éviter les dérives violentes, pourtant dans les cultures africaines, la correction reste souvent perçue comme un moyen d’éducation. Toutefois, elle doit s’inscrire dans une démarche d’apprentissage, avec des explications, des avertissements et une affection visible envers l’enfant. À l’inverse, la maltraitance se caractérise par des violences disproportionnées, physiques, verbales ou psychologiques, qui dévalorisent et traumatisent durablement l’enfant.
Enfin, Rita Medza souligne qu’un parent violent n’est pas toujours conscient de la souffrance qu’il inflige. Et pour cause, certains considèrent comme normales les violences qu’ils ont eux-mêmes connues durant leur enfance. Face à cette situation, la psychothérapie apparaît comme une solution essentielle pour aider les parents à identifier et déconstruire ces schémas toxiques. La psychologue clinicienne encourage ainsi les familles en difficulté à consulter des professionnels de la santé mentale afin de prévenir d’autres drames.









GMT TV