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Gabon : Augustin Emane appelle les magistrats à la retenue après la crise de Mouila

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Le ministre de la Justice, Augustin Emane, a réuni le bureau du Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag) le 18 mai 2026 afin de recadrer les tensions survenues à Mouila entre magistrats, officiers de police judiciaire et agents de la sécurité pénitentiaire. Au terme de cette réunion, le gouvernement a annoncé la probable saisine du Conseil supérieur de la magistrature pour établir les responsabilités individuelles et envisager des sanctions disciplinaires.

Le climat demeure tendu au sein de l’appareil judiciaire gabonais. Au cœur des crispations : les incidents survenus à Mouila, chef-lieu de la province de la Ngounié, impliquant le ministère public, des officiers de police judiciaire (OPJ) et des agents de la sécurité pénitentiaire. Face à l’ampleur prise par cette affaire, notamment après les prises de position publiques du Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag), le ministre de la Justice, Garde des Sceaux et chargé des Droits humains, Augustin Emane, a convoqué une réunion de cadrage le lundi 18 mai 2026.

Cette rencontre, tenue au ministère de la Justice en présence du bureau du Synamag conduit par son secrétaire général Harnac Claver Mbelé, visait officiellement à « rétablir la vérité des faits » et à apporter une lecture juridique des événements survenus dans la juridiction de Mouila.

Le ministère critique la démarche du Synamag

Dans son intervention, Augustin Emane a clairement reproché au syndicat des magistrats un manque de rigueur dans le traitement de l’information. Le membre du gouvernement estime que le Synamag s’est exprimé publiquement sans avoir suffisamment recoupé les faits auprès de l’ensemble des parties concernées.

Le ministre a notamment réagi au communiqué publié le 13 mai 2026 par le syndicat, dans lequel ce dernier annonçait avoir saisi le président de la République afin de solliciter son arbitrage pour un retour à la sérénité dans cette affaire. Pour le garde des Sceaux, cette démarche apparaît prématurée alors même que les rapports d’enquête de l’Inspection générale des services judiciaires et de l’Inspection des services de la sécurité pénitentiaire sont toujours attendus.

Augustin Emane a également insisté sur le fait que « le rôle du ministre de la Justice est de s’assurer du bon fonctionnement de la justice », estimant que certaines décisions prises localement, notamment « la suspension de l’ensemble des unités de recherches par le procureur de la République près le tribunal de Mouila », ne favorisent pas le fonctionnement normal de l’institution judiciaire.

Vers une saisine du Conseil supérieur de la magistrature

Le ton s’est durci au fil des échanges. Le ministre de la Justice a averti que le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pourrait être saisi afin de déterminer les responsabilités individuelles dans cette affaire. « Le Conseil supérieur de la magistrature serait saisi pour déterminer les responsabilités individuelles dans cette affaire et envisager des sanctions disciplinaires à leur encontre », a indiqué le ministre, ouvrant ainsi la voie à d’éventuelles procédures disciplinaires contre certains acteurs impliqués.

Au-delà de cette perspective, Augustin Emane a exhorté les magistrats à davantage de retenue et de tempérance dans la conduite des affaires judiciaires. Il a rappelé l’importance de préserver la sérénité de l’institution judiciaire dans un contexte où les tensions entre magistrats, OPJ et administration pénitentiaire risquent d’affaiblir davantage la crédibilité de la justice gabonaise.

Une crise révélatrice des tensions internes dans la justice

Cette affaire met une nouvelle fois en lumière les tensions persistantes qui traversent l’appareil judiciaire gabonais. Entre conflits de compétences, rapports de force institutionnels et défiance croissante entre certains corps de métiers de la chaîne judiciaire, les événements de Mouila révèlent les fragilités d’un système régulièrement critiqué pour ses dysfonctionnements.

Dans ce contexte, la future décision du Conseil supérieur de la magistrature sera particulièrement scrutée, tant par les professionnels du secteur que par l’opinion publique, alors que les attentes autour de la réforme et de la crédibilité de la justice restent fortes sous la Vème République.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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