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Secteur informel : seulement 40 000 Gabonais sur 200 000 opérateurs économiques recensés

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Le Recensement général des entreprises (RGE), mené à la fin de l’année 2023 par la Direction générale de la statistique, met en lumière une donnée surprenante qui bouscule les idées reçues. Sur les près de 200 000 acteurs économiques exerçant dans le secteur informel gabonais, seuls 40 000 sont de nationalité gabonaise, contre environ 160 000 ressortissants étrangers. Ce ratio saisissant révèle que les nationaux représentent moins de 20 % des effectifs d’un domaine pourtant souvent décrit comme le premier amortisseur social du pays.

Présenté depuis des années dans le discours public comme le cœur de l’économie de proximité et le principal refuge des ménages modestes, l’informel échappe pourtant en grande partie aux citoyens locaux. Alors que ce secteur regroupe 62,9 % des entreprises recensées à travers le territoire et génère environ 35 % du produit intérieur brut (PIB), la valeur produite bénéficie très majoritairement à des entrepreneurs venus d’ailleurs.

Ce déséquilibre frappe d’autant plus dans un pays de 2,3 millions d’habitants où la crise de l’emploi touche de plein fouet la jeunesse, avec un taux de chômage qui franchit la barre des 36 %.

L’illusion du filet de sécurité pour les sans-emploi

Ces révélations viennent interroger frontalement le récit officiel. Loin de constituer un réservoir naturel d’insertion pour les nationaux exclus du marché du travail formel, l’économie souterraine semble obéir à d’autres dynamiques d’installation et de réseaux. La précarité du travail salarié ne s’est donc pas traduite par un report massif des Gabonais vers l’auto-entrepreneuriat ou le petit commerce de rue, laissant le champ libre à des acteurs étrangers mieux structurés ou plus enclins à investir ce créneau.

L’urgence d’une réappropriation nationale

Au-delà de la simple mesure statistique, le RGE impose une révision des priorités économiques de l’État. La question essentielle n’est plus uniquement de chercher à formaliser ou à taxer ces activités informelles, mais bien de comprendre les freins qui empêchent les nationaux d’y prendre toute leur place. 

Pour que le commerce de proximité redevienne un véritable levier d’autonomisation pour les populations locales, une politique volontariste de soutien et d’accompagnement des Gabonais vers ces métiers s’avère désormais indispensable.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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