PLFR 2026 : le Gabon finance son équilibre budgétaire par un recours accru à la dette

Le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 affiche un budget « équilibré » à 5 495,2 milliards FCFA en ressources et en charges. Pourtant, derrière cette présentation, les tensions de financement apparaissent clairement. Le gouvernement révise fortement ses ambitions économiques dans un contexte de ralentissement de la croissance, désormais attendue à 4 % contre 6,5 % dans la loi de finances initiale. Cette dégradation du cadre macroéconomique s’accompagne d’une baisse spectaculaire des recettes budgétaires nettes, qui chutent de 3 808 milliards FCFA à 2 928,2 milliards FCFA, soit un recul de 879,8 milliards FCFA.
Malgré une amélioration des cours du pétrole, projeté à 75 dollars le baril contre 65,2 dollars initialement, plusieurs secteurs productifs connaissent un net repli, notamment le bois débité (-36,2 %), l’huile de palme (-6,4 %) et le caoutchouc (-76,9 %). Face à cette contraction des ressources, l’État a été contraint d’engager un ajustement budgétaire massif. Les dépenses globales sont ramenées de 5 994,3 milliards FCFA à 5 180 milliards FCFA. L’effort porte principalement sur les investissements publics, sacrifiés pour préserver les équilibres financiers. Les dépenses d’investissement chutent ainsi de 2 137,2 milliards FCFA à 1 169,1 milliards FCFA, soit une baisse vertigineuse de 968,1 milliards FCFA. Le gouvernement justifie cette coupe par la déprogrammation de projets dépourvus d’études de faisabilité.
Un équilibre budgétaire soutenu par l’endettement
L’autre enseignement du PLFR 2026 réside dans le recours accru aux mécanismes de financement pour combler les insuffisances de trésorerie. Les ressources de trésorerie et de financement progressent à 2 251,8 milliards FCFA contre 2 186,3 milliards FCFA initialement prévus, soit une hausse de 65,5 milliards FCFA. Le communiqué final du Conseil des ministres indique clairement que cette augmentation est liée au recours plus important aux émissions de titres publics. Autrement dit, l’équilibre budgétaire affiché repose largement sur l’endettement. Cette dépendance au marché financier intervient alors même que les charges d’amortissement de la dette demeurent élevées, à 1 309,2 milliards FCFA. Le poids croissant du service de la dette réduit mécaniquement les marges de manœuvre de l’État et limite sa capacité à financer de nouveaux projets structurants.
Cette révision budgétaire traduit la volonté du gouvernement de restaurer la crédibilité des finances publiques dans la perspective d’un futur programme avec le Fonds monétaire international (FMI). Le texte insiste sur la nécessité de préserver la soutenabilité de la dette, de rationaliser les exonérations fiscales et d’améliorer l’efficacité de la dépense publique. Mais cette stratégie de consolidation budgétaire se traduit paradoxalement par une dépendance accrue aux financements de marché. Derrière l’équilibre affiché, c’est bien la question du financement durable de l’économie qui demeure au cœur des inquiétudes.









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