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Nina Alida Abouna : «Ce qui manque aux femmes africaines, ce n’est pas la compétence, c’est l’accès aux réseaux» 

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Ancienne patronne de l’Agence nationale de promotion des investissements (ANPI-Gabon), aujourd’hui Commissaire générale aux expositions, Nina Alida Abouna a été désignée Marraine Afrique des DIGIeWOMEN Awards Africa (DIWAA). Entrepreneuriat féminin, rigueur bancaire, réformes administratives et souvenirs d’une enfance pétrie de valeurs de travail et de solidarité : dans cet entretien accordé à Gabon Media Time, cette figure de l’action publique gabonaise revient sur son parcours exceptionnel et livre sa vision pour la transformation économique du continent.

Vous avez accepté de devenir Marraine Afrique des DIGIeWOMEN Awards Africa. Qu’est-ce qui vous a convaincue de vous engager ?

Cette initiative rejoint une conviction que je porte et que j’ai pu mettre en pratique en contribuant à la création de l’Agence nationale de promotion des investissements du Gabon, ANPI-Gabon. J’ai eu l’opportunité de la diriger de juillet 2015 à février 2019, après un recrutement par appel à candidatures et un entretien devant un jury de très haut niveau.

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Les femmes gabonaises en particulier, et africaines en général, innovent et apportent des solutions aux préoccupations quotidiennes de la société. Ce qui leur manque souvent, ce n’est pas la compétence, mais surtout l’accès aux réseaux, aux marchés et aux lieux où se prennent les décisions.

Avec l’implication d’ONG de femmes entrepreneures, j’ai notamment pu porter le Livre blanc de l’entrepreneuriat féminin au Gabon, conduire une étude pour la création d’un Women’s Business Center avec la Banque mondiale et déployer des formations GERME, « Gérez mieux votre entreprise », avec l’Organisation internationale du Travail.

Je souhaite inscrire ce marrainage dans cette continuité. Les DIWAA peuvent mettre en relation des femmes aux parcours différents et permettre à leurs initiatives d’avoir un impact sur leur environnement social et de dépasser les frontières de leur pays.

Mon parcours m’a appris que l’on ne se développe pas seul. Il faut s’ouvrir aux autres et accepter la critique constructive.

Au-delà de vos fonctions publiques, comment vous présenteriez-vous ?

J’ai construit mon parcours professionnel au cœur de l’administration publique, en gravissant progressivement les échelons. J’ai d’abord été une agente en attente d’un poste budgétaire pendant plusieurs années, avant d’accéder à des fonctions de conseillère au cabinet technique, de directrice générale, de secrétaire générale et de ministre.

J’ai travaillé sur les questions de commerce intérieur et extérieur, de promotion des investissements et des exportations, de négociations et de représentation internationale de mon pays.

Auparavant, j’avais travaillé dans le secteur privé, notamment dans la banque, au Gabon comme en France. Cette expérience a constitué un apprentissage précieux sur lequel j’ai pu m’appuyer tout au long de mon parcours.

La banque exige une grande rigueur dans la gestion des fonds qui nous sont confiés. Ces différentes responsabilités m’ont amenée à travailler sur une même question : comment transformer une ambition en action concrète ?

Aujourd’hui, je souhaite aussi partager cette expérience avec des femmes qui construisent leurs entreprises, prennent des responsabilités et se positionnent dans une économie en transformation.

Où êtes-vous née et quelles valeurs votre enfance vous a-t-elle transmises ?

Je suis née à Libreville, au Gabon, en 1973. Mon père était agent des postes et télécommunications et ma mère suivait une formation en action sociale.

J’ai fait mes études primaires et une partie de mes études secondaires à Franceville, notamment au lycée d’État de Franceville, devenu le lycée Eugène Marcel Amogho. J’ai ensuite poursuivi une partie de mon second cycle à Cotonou, au Bénin, à CADMES, puis en France, où j’ai obtenu mon baccalauréat.

J’ai grandi dans un environnement où la famille occupait, et occupe toujours, une place centrale. Ma famille proche reste mon jardin secret.

Dès mon plus jeune âge, ma mère nous a inculqué la valeur du travail. Elle avait des plantations et nous participions aux travaux des champs. Une partie des récoltes était destinée à la famille ; l’autre était vendue.

Pendant les vacances, avec ma sœur cadette, qui a d’ailleurs excellé dans l’entrepreneuriat, je vendais des tomates et du gombo au marché. Certains produits venaient des plantations de ma mère, un modèle de résilience ; d’autres étaient achetés pour être revendus. L’argent de poche qu’elle me remettait à la fin des vacances était ainsi mérité. J’ai appris très tôt que la récompense est le fruit du travail accompli.

Mon père, musulman croyant et pratiquant, nous a transmis le sens de la charité et de l’entraide, dans l’humilité et l’anonymat. Nous pouvions faire des dons à l’hôpital ou apporter du sucre et du lait à la mosquée sans savoir précisément qui en bénéficierait.

Mes parents nous ont également inculqué le respect de la famille et des aînés, ainsi que la rigueur envers nous-mêmes. Ce que l’on exige des autres, il faut être capable de le faire soi-même et de montrer l’exemple.

Nous avons grandi dans une famille nombreuse. Pratiquement chaque année, mes parents accueillaient un enfant de la famille. Ils nous disaient : « Si nous pouvons nourrir cinq personnes, nous pouvons aussi en nourrir six, voire davantage. » Nous ne parlions pas de cousins : c’étaient nos frères et nos sœurs. Ces liens demeurent aujourd’hui.

Cet environnement m’a transmis la persévérance, la générosité, la curiosité, l’ouverture d’esprit et le respect. Il a forgé ma rigueur, mais aussi ma sociabilité.

Nos origines, notre environnement familial et les personnes que nous rencontrons constituent les premières pierres de notre identité. Les valeurs qui nous sont transmises contribuent à forger notre caractère. Lorsque l’on a reçu de l’amour, on apprend aussi à donner de l’amour et de la considération à son prochain.

On ne peut donner que ce que l’on a reçu.

Que vous a apporté votre formation en techniques commerciales au Bénin ?

Elle a constitué un socle. C’est là que j’ai acquis les bases de la gestion, avant de poursuivre en management et en affaires internationales.

Cet apprentissage m’a aussi enseigné qu’un parcours ne commence pas sous les projecteurs. Il faut accepter de commencer petit. C’est un message que je partage avec les jeunes femmes.

Comment votre parcours de formation s’est-il poursuivi ?

J’ai obtenu mon baccalauréat G3 en 1994 à l’ILEC, à Nice, en France, et non à Franceville, comme on le dit souvent. Auparavant, mon parcours scolaire m’avait menée de Franceville à Cotonou, au Bénin, où j’avais choisi l’enseignement technique, avant de rejoindre Nice pour la terminale.

Ma vocation pour la gestion s’est manifestée très tôt, lorsque je vendais au marché. Je savais ce que signifiaient gagner de l’argent, gérer et faire preuve de rigueur.

Après le baccalauréat, j’ai intégré l’ESICAD, à Nice, où j’ai obtenu un diplôme de niveau bac + 2, spécialisé en force de vente et développement commercial. J’ai ensuite poursuivi à l’Institut européen des affaires, où j’ai obtenu, en 2000, un diplôme de deuxième cycle en management, spécialisé en affaires internationales.

Cette formation a immédiatement précédé mon entrée au ministère du Commerce. Elle a structuré la suite de mon parcours autour de la gestion, des échanges internationaux et de la promotion des investissements.

Dès mon entrée à la Direction générale du commerce, j’ai participé au premier cours régional de politique commerciale de l’Organisation mondiale du commerce, l’OMC, à Casablanca. J’ai également pris part à des séminaires de haut niveau sur l’entrepreneuriat organisés par HEC Montréal, ce qui a renforcé mes compétences.

J’ai aussi été consultante pour la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, la CEA, dont le bureau sous-régional pour l’Afrique centrale est situé à Yaoundé. En 2005-2006, j’ai travaillé sur une étude du commerce informel dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, la CEMAC. Cette mission m’a notamment conduite, pour la première fois, au cœur de l’économie informelle, auprès des commerçantes appelées « boubanguères » en République centrafricaine.

Ces sujets concernent directement les entrepreneurs africains : une compétence ou un produit ne suffit pas lorsque les règles, les procédures et les possibilités commerciales restent difficiles à appréhender.

Pourquoi avoir consacré votre EDBA à la performance du secteur public ?

J’ai soutenu, le 30 juin 2023 à Paris, un Executive Doctorate in Business Administration, un EDBA en sciences du management, auprès de l’Académie des sciences du management de Paris, l’ASMP, en partenariat avec l’IHEE, à Libreville. Ce travail concluait un cycle commencé à la charnière de 2019 et de 2020.

Ma recherche portait sur la performance des organisations publiques, à travers le cas de l’Agence nationale de promotion des investissements. Elle rejoignait une préoccupation centrale de mon parcours : comment apprécier l’utilité réelle de l’action publique ?

Pour les entreprises comme pour les citoyens, la qualité d’un service se mesure à sa capacité à répondre à un besoin, dans des délais clairement définis et avec des procédures accessibles.

Le professeur Jean-Marie Peretti, une sommité dans le domaine de la gestion, a présidé le jury. Le professeur Jean-Paul Tchankam, de KEDGE Business School à Bordeaux, était mon directeur de thèse pour la France. Il intervient également à BGFI Business School et vient régulièrement au Gabon.

J’ai été accompagnée par plusieurs professeurs, notamment Jean-Jacques Tony Ekomié, de l’Université Omar Bongo, Hervé Ndoume Essingone, Murielle Natacha M’Bouna et Ruphin Ndjambou. Chacun intervenait sur une partie du travail.

Cet encadrement m’a préparée à défendre mes choix, ma méthodologie et mes arguments, notamment à travers des simulations de soutenance.

Ce travail comportait aussi une dimension d’autoévaluation : j’étudiais la performance d’une organisation publique en prenant pour terrain une agence que j’avais moi-même dirigée. Ce n’était pas un exercice facile. C’est aussi tout l’intérêt de l’Executive Doctorate : il ne se limite pas à la théorie ; la dimension empirique, fondée sur l’observation et l’analyse du terrain, y est essentielle.

Comment êtes-vous passée du secteur privé à l’administration publique ?

J’ai commencé en France par différents stages, notamment à France Télécom, où j’ai participé à la promotion de Tatoo, un appareil permettant de recevoir des messages.

J’ai également travaillé comme agente de comptoir à Air Gabon, à Paris, dans le secteur de Franklin-D.-Roosevelt. Monsieur Noël Bayot en était alors le représentant.

À la fin de mes études, j’ai rejoint l’Union financière de France, l’UFF, dans la gestion de patrimoine. Cette expérience m’a permis d’apprécier le domaine bancaire. À Libreville, j’ai aussi travaillé à la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Gabon, la BICIG.

Mon passage vers le secteur public est né d’un constat : l’administration structure l’environnement des affaires à travers les lois, les décrets et les procédures. À l’époque, le secteur privé se contentait essentiellement de les appliquer. La mise en place du dialogue public-privé a ensuite permis de faire évoluer cette relation.

À l’époque, effectuer un virement à l’étranger exigeait de nombreux documents. Chaque administration réclamait ses propres pièces, alors que plusieurs informations auraient pu être regroupées sur un seul formulaire. J’ai voulu comprendre l’origine de ces procédures, puis rejoindre l’administration pour contribuer à leur amélioration et faciliter les démarches des entrepreneurs.

Lorsque nous avons mis en place le guichet de l’investissement, quelque dix-sept ans plus tard, j’ai eu le sentiment d’avoir atteint cet objectif : réunir en un même lieu toutes les administrations concernées par la création d’une entreprise et ramener les délais de plusieurs mois à quarante-huit heures.

J’ai notamment exercé pendant trois ans comme chargée d’études à la Direction générale du commerce, en travaillant sur les dossiers de commerce extérieur et intérieur, ainsi qu’avec le centre de référence de l’OMC, situé au ministère du Commerce, à Bessieux.

Cette volonté de faciliter l’accès aux outils et aux opportunités explique aussi l’importance que j’accorde à mon marrainage des DIGIeWOMEN Awards Africa. Donner à une femme accès à la formation, notamment au numérique, bénéficie également à ses enfants, à sa famille et à son entourage. Je pense pouvoir y apporter ma contribution.

Quelles responsabilités avez-vous exercées avant votre nomination à l’APIEX en 2011 ?

Après la Direction générale du commerce, où j’ai travaillé de 2000 à 2003, j’ai été chargée d’études au cabinet du ministre du Commerce et du Développement industriel, chargé du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique, le NEPAD.

À ce titre, j’ai été responsable des relations publiques et commerciales pour la participation gabonaise à l’Expo 2005 d’Aichi, au Japon, ma première exposition universelle.

J’ai ensuite été conseillère technique du même ministre, de 2006 à 2009. J’ai également siégé au conseil d’administration de l’Agence de promotion des investissements privés, l’APIP, comme représentante du ministère du Commerce et du Développement industriel.

En 2007-2008, j’ai coordonné la commission interministérielle de rédaction du projet de Code du commerce gabonais, financé par un dispositif de l’Union européenne. Nous avons aussi analysé le parcours de l’investisseur afin d’identifier les améliorations à apporter au suivi des investissements dans notre pays.

J’ai exercé comme commissaire générale de la section gabonaise à l’Expo 2010 de Shanghai et participé aux missions chargées de représenter le Gabon dans le cadre de l’examen de sa politique commerciale à l’OMC, à Genève.

J’ai ensuite été conseillère au cabinet du ministre de l’Économie, du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme. J’ai travaillé sur une étude relative à une zone touristique, sur les textes réglementaires concernant les partenariats public-privé et sur les zones économiques spéciales.

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