Mbigou : plongée dans le noir, la ville abandonnée à elle-même depuis plus de 20 ans
Dans la commune de Mbigou, chef-lieu du département de la Boumi-Louetsi, l’absence d’éclairage public est devenue le symbole d’un abandon structurel. Depuis plus de deux décennies, les populations vivent dans une obscurité totale, révélatrice des défaillances persistantes de l’action publique dans les zones rurales.
À Mbigou, lorsque le soleil se couche, la ville disparaît. Plus de lumière, plus de repères, plus de sécurité. L’éclairage public, pourtant élémentaire dans toute agglomération, est devenu un luxe inaccessible pour les habitants de cette localité enclavée de la province de la Ngounié.
Le constat est implacable : « il est désormais impossible pour les usagers de circuler la nuit […] en espérant trouver un poteau électrique diffusant de la lumière ». Une situation d’autant plus incompréhensible que les infrastructures existent. Des poteaux électriques ont bien été installés, mais « jusqu’à ce jour, ils ne servent à rien », faute d’alimentation.
Une obscurité généralisée, reflet d’un abandon prolongé
Du quartier Ledoume à Mouguembé, en passant par Lepakou, le centre commercial, Haut-Mbigou ou encore Bas-Boumi, le constat est uniforme : aucune source lumineuse, aucun réseau fonctionnel, aucune perspective d’amélioration. « Il est impossible de trouver un poteau de la SEEG fournissant de l’électricité », déplorent les habitants, contraints de vivre dans une pénombre permanente. Une situation qui dépasse le simple inconfort pour devenir un véritable enjeu de sécurité publique.
Car dans cette obscurité totale, les risques se multiplient. « Entre les routes qui se dégradent et l’obscurité la nuit, tout est réuni pour favoriser les faits divers », alertent les riverains. Chutes, accidents, insécurité : la nuit à Mbigou est devenue un territoire à risques.
Des responsabilités diluées, des populations livrées à elles-mêmes
Face à cette situation, les interrogations fusent, sans réponse. « Est-ce la faute de la SEEG ? Des gouvernants ? », s’interrogent les populations, excluant d’emblée toute responsabilité citoyenne. Une chose est certaine : les habitants subissent sans pouvoir agir. « On ne sait plus vers qui se tourner pour se plaindre », confie un riverain, traduisant un sentiment profond d’abandon et d’impuissance.
Cette défaillance prolongée des services publics interroge sur la capacité de l’État à garantir un minimum de conditions de vie dignes dans certaines localités du pays. Car au-delà de l’éclairage, c’est toute la question de l’aménagement du territoire qui est posée.
Quand l’obscurité devient une norme sociale
Dans ce contexte, l’obscurité finit par façonner les comportements. « Même devant la gendarmerie, tant qu’il fait noir, ils savent qu’on ne les verra pas », ironisent certains habitants, évoquant une banalisation inquiétante de situations qui, ailleurs, seraient jugées inacceptables.
Mais derrière cette ironie se cache une réalité plus grave : une ville contrainte de s’adapter à l’absence de l’État. Une ville où « tout est installé, mais rien ne fonctionne », depuis des décennies. À Mbigou, la nuit n’est pas seulement sombre. Elle est le révélateur d’un déséquilibre profond entre les promesses de développement et la réalité vécue par des populations laissées à elles-mêmes.









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