Gabon : Une nouvelle génération de docteurs en Sciences économiques sacrée à l’Université Omar Bongo

L’Université Omar Bongo (UOB) a abrité, les jeudi 16 et vendredi 17 juillet 2026, une session de soutenances publiques de doctorat. Portées par le Laboratoire et Bureau d’Analyses Techniques (L.A.B.A.T.) du Département d’Économie, ces recherches de haut niveau apportent un éclairage scientifique crucial sur les défis structurels et macroéconomiques majeurs auxquels font face le Gabon, la zone CEMAC et l’Afrique subsaharienne.
À l’issue de ces journées académiques, les quatre impétrants ont brillamment rejoint la communauté des docteurs en Sciences économiques, recevant chacun le grade de Docteur avec la mention Très honorable, accompagnée des félicitations du jury.
Devant un jury d’exception présidé par le Professeur Titulaire El Hadj Abdoul Aziz Ndiaye (Université Gaston Berger du Sénégal) et orchestré sous la direction scientifique du Maître de Conférences Agrégé Giscard Assoumou Ella (UOB), les nouveaux docteurs ont présenté des solutions pragmatiques autour de quatre grands axes : l’incertitude économique, l’efficacité budgétaire, les inégalités de genre et la volatilité des marchés pétroliers.
Samuel Romeo Maboula : Face à l’incertitude macroéconomique
Soutenue le vendredi 17 juillet après-midi, la thèse de Samuel Romeo Maboula, intitulée « Incertitude et dynamique macroéconomique », explore l’influence directe de l’instabilité sur la croissance et l’investissement en Afrique subsaharienne.
L’originalité de son travail repose sur la création d’un indice synthétique mesurant l’incertitude dans douze pays de la sous-région. Ses conclusions révèlent un effet de seuil lié à la gouvernance : « L’incertitude est au cœur de la décision. Nous devons en tenir compte dans l’instauration des politiques économiques », a expliqué l’impétrant. Si l’incertitude freine l’économie à court terme, une qualité réglementaire solide permet de neutraliser ses effets négatifs à long terme.
Repenser l’action budgétaire
Le vendredi 17 juillet au matin, Jean Sylvestre Mengue M’Essone a soutenu sa thèse sur « L’efficacité de la politique budgétaire : cas des pays en développement ». Ses recherches mettent en lumière la prédominance « procyclique » des politiques budgétaires actuelles, ce qui limite leur rôle de stabilisateur.
L’étude démontre de manière inédite que l’impact réel des dépenses publiques est fortement conditionné par un seuil d’endettement critique (estimé à 24,28 % du PIB) et par le niveau de corruption. Il préconise ainsi d’orienter prioritairement les finances vers l’investissement productif (capital humain et infrastructures) plutôt que vers les dépenses de consommation courante.
Les politiques économiques à l’épreuve du genre
Van Shiley Mavoungou Mouity qu’en a lui a démontré que les choix macroéconomiques ne sont pas « neutres » vis-à-vis des sexes. Sa thèse, « Politiques économiques et inégalités de genre dans les pays d’Afrique subsaharienne », s’est appuyée sur l’analyse de 18 pays. Pour évaluer précisément cet impact sur l’accès à l’éducation, à l’emploi et au bien-être, le chercheur a mis en place un outil innovant : l’Indicateur Sexospécifique d’Accès au Bien-être (ISAB).
Ses travaux prouvent que si les dépenses de santé et l’ouverture commerciale favorisent l’autonomisation des femmes, l’inflation et les fiscalités régressives (comme la TVA) pèsent de manière disproportionnée sur elles.
Chocs pétroliers et bien-être social
La session s’est ouverte le jeudi 16 juillet au matin avec la seule candidate du groupe, Khésia Carnella Moussavou Batemi, qui a présenté la thèse : « Chocs pétroliers et bien-être des ménages : cas des pays de la CEMAC ». Dans une zone transfrontalière structurellement dépendante de l’or noir, l’étude met en évidence un paradoxe frappant : qu’un choc pétrolier soit négatif ou positif, le bien-être des ménages finit par subir une dégradation. Lors des hausses de prix, les gains théoriques sont rapidement annulés par les pressions inflationnistes. Pour étayer son diagnostic, la chercheuse a modélisé deux nouveaux outils : l’Indice des besoins de Base (IBB) et l’Indicateur de Bien-être Durable (IBD).
Un appel unanime à la gouvernance et à l’action publique
Au-delà de la diversité des sujets, un fil conducteur unit l’ensemble de ces travaux : la nécessité absolue d’une gouvernance transparente et d’institutions fortes pour absorber les chocs extérieurs.
Giscard Assoumou Ella, directeur de ces thèses, insiste sur la portée concrète et opérationnelle de cette production scientifique. « La qualité de la gouvernance est un élément qui peut permettre de réduire cette incertitude. Nous invitons les autorités publiques gabonaises à se approprier ces conclusions afin de les mettre en œuvre dans la conduite des politiques publiques. », a-t-il souligné.
Parmi les recommandations transversales formulées par le laboratoire figurent l’accélération de la diversification économique (agriculture, transition écologique), la mise en place de fonds de stabilisation contracycliques pour amortir la volatilité des recettes, et l’adoption de budgets sensibles au genre.
Assurer la relève scientifique africaine
Pour le président du jury, le Professeur El Hadj Abdoul Aziz Ndiaye, cette vague de soutenances est une immense victoire pour la recherche sur le continent : « On a besoin de former des jeunes capables de faire de la recherche scientifique, non seulement pour assurer la relève, mais au-delà de cette relève-là, qu’ils puissent venir grossir nos rangs. »
Avec ces quatre brillants parcours, le L.A.B.A.T. de l’Université Omar Bongo réaffirme son rôle de pôle d’excellence académique, offrant aux décideurs politiques d’Afrique subsaharienne une boussole scientifique précieuse pour naviguer dans les crises du XXIe siècle.
Heldy Oyono, journaliste stagiaire










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