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Gabon : affaire Bilie-By-Nze, crise de l’eau et scission de la SEEG, l’alerte d’EPG

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Avant d’aborder la crise de l’eau qui frappe durement les populations gabonaises, Ensemble Pour le Gabon tient à donner des nouvelles de son Président, Monsieur Alain-Claude Bilie-By-Nze. Voilà désormais 83 jours qu’il est privé de liberté, dans des conditions particulièrement éprouvantes, alors qu’il bénéficie toujours de la présomption d’innocence.

En dehors des recours introduits par sa défense, la procédure est au point mort.  À ce jour, il n’a toujours pas été entendu sur le fond des faits qui lui sont reprochés.  Aucune véritable instruction n’a été engagée, aucune enquête ne semble avoir été menée pour établir la vérité. Tout se passe comme si sa version des faits ne comptait pas et comme si l’issue de cette affaire était arrêtée d’avance.

Un pourvoi est actuellement pendant devant la Cour de cassation. Aucune indication n’a été donnée quant à la date à laquelle cette juridiction rendra sa décision, alors même que les vacances judiciaires approchent à grands pas.  Cette situation nourrit la crainte que cette détention ne se prolonge encore durant les mois de juillet et d’août, sans qu’aucun débat sur le fond de l’affaire n’ait lieu.

Nous rappelons qu’à la suite du changement de régime intervenu le 30 août 2023, aucune faute, aucun détournement, aucun enrichissement illicite ni aucun autre grief n’ont été retenus contre Alain-Claude Bilie-By-Nze, pourtant ancien Premier ministre et responsable de plusieurs départements ministériels pendant plus d’une décennie.

Son maintien en détention, sans jugement sur le fond, apparaît aujourd’hui moins comme la recherche de la vérité que comme la neutralisation d’un opposant politique dont les prises de position mettent en lumière les insuffisances et les improvisations au sommet de l’État.

Ensemble Pour le Gabon poursuivra sans relâche les démarches entreprises auprès des juridictions compétentes ainsi qu’auprès des partenaires et des instances internationales afin que cesse cette injustice qui frappe un ancien Premier ministre de la République et président du principal parti d’opposition. Notre détermination demeure intacte. Nous continuerons à défendre ses droits jusqu’à ce que justice lui soit rendue.

La crise de l’eau : le naufrage gouvernemental

En l’espace d’une semaine, le gouvernement a annoncé trois décisions censées répondre à la plus grave crise de l’eau que le Gabon ait connue depuis plus de dix ans.

Pour un pays où il pleut près de neuf mois sur douze, manquer d’eau au robinet pendant vingt-quatre heures est déjà une anomalie. En être privé pendant des semaines, des mois, voire des années dans certains quartiers, relève d’une véritable catastrophe nationale que rien ne peut justifier. Comment accepter qu’au Gabon, des enfants de quinze ou vingt ans n’aient jamais vu l’eau couler du robinet de la maison familiale ? Cette situation est le symbole d’un échec auquel l’État ne peut se soustraire.

Le communiqué du Ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie du 1er juillet 2026, déclarant l’état d’urgence hydrique, constitue un aveu officiel de l’ampleur de cette crise. En reconnaissant lui-même que le pays fait face à une situation d’urgence, le gouvernement admet l’échec des politiques conduites jusqu’à présent dans le secteur de l’eau. Les décisions annoncées doivent donc être appréciées non comme des solutions durables, mais comme des mesures destinées à gérer une crise qui aurait dû être anticipée.

Si Libreville concentre aujourd’hui l’attention médiatique, cette crise ne se limite pas à la capitale. De nombreuses villes et localités de l’intérieur du pays connaissent elles aussi des pénuries récurrentes. Le stress hydrique est devenu un problème national, alors que les réponses apportées demeurent essentiellement centrées sur Libreville, comme si le reste du pays ne connaissait pas les mêmes difficultés.

Cette situation met également en lumière les limites de l’organisation administrative du secteur. Le ministère chargé de l’Eau ne dispose pas de représentations propres dans les provinces et demeure largement tributaire des structures territoriales de la SEEG pour assurer le suivi de la situation. Comment prétendre piloter efficacement une politique nationale de l’eau lorsque l’administration elle-même ne dispose pas de relais opérationnels sur l’ensemble du territoire ?

Cette crise interroge également le rôle de l’ARSEE, dont la mission est précisément de veiller au respect des obligations de service public, à la protection des usagers et au bon fonctionnement du secteur. Comment expliquer qu’une crise d’une telle ampleur ait pu s’installer progressivement sans que le régulateur ne parvienne à prévenir une telle dégradation du service ?

Au lieu de traiter les causes profondes de cette crise, le gouvernement multiplie les annonces improvisées. Loin de résoudre le problème, elles en révèlent l’ampleur et risquent d’aggraver encore les difficultés auxquelles sont confrontés aussi bien la SEEG que les ménages gabonais.

Les trois décisions annoncées en moins d’une semaine illustrent une gouvernance qui semble davantage guidée par l’urgence que par l’anticipation. Chacune d’elles soulève des interrogations juridiques, économiques, financières ou institutionnelles auxquelles le gouvernement n’apporte aucune réponse convaincante.

La scission de la SEEG : une décision aux conséquences mal mesurées

La première décision consiste à séparer les activités de la SEEG en deux entités distinctes, l’une consacrée à l’électricité, l’autre à l’eau. Présentée comme une réforme structurelle, cette mesure soulève pourtant de nombreuses interrogations.

L’État, qui exerce le contrôle de la société et assure la tutelle du service public de l’eau, ne peut aujourd’hui se contenter d’imputer les dysfonctionnements à la seule SEEG. Quelles que soient les responsabilités des différents acteurs, c’est bien lui qui est comptable, devant les Gabonais, de la continuité du service public de l’eau.

Sur le plan juridique d’abord, la SEEG est une société anonyme. Même si l’État en contrôle 51 % du capital, il n’en est pas propriétaire. Peut-il, par une simple décision politique, que dis-je, par le fait du prince, imposer la séparation de ses activités ? Rien n’est moins certain.

Tout au plus aurait-il pu décider d’accorder deux conventions distinctes, la production, le transport et la distribution de l’eau et de l’électricité relevant de services publics.

En outre, la SEEG bénéficie d’une convention de concession lui accordant le monopole de la production, du transport et de la distribution de l’eau et de l’électricité sur l’essentiel du territoire national, notamment dans les zones urbaines.

Au-delà de son existence, une autre question mérite d’être posée : les obligations réciproques prévues par cette convention ont-elles été correctement exécutées par chacune des parties ? Le rôle de l’autorité concédante comme celui du concessionnaire mérite d’être examiné avec la même exigence.

Le secteur de l’eau et celui de l’électricité relèvent de concessions de service public dont les modifications ne peuvent être improvisées. Si des carences étaient établies, l’État disposait d’autres leviers d’action : constater les manquements, résilier la convention ou la modifier par voie d’avenant, dans le respect du droit. Depuis que la loi autorise les producteurs indépendants, il était également possible de réorganiser progressivement le secteur, aussi bien pour l’eau que pour l’électricité.

En choisissant une réforme précipitée, le gouvernement expose potentiellement l’État à des contentieux coûteux dont les conséquences pourraient être supportées, une fois encore, par les contribuables gabonais.

Sur le plan économique, les difficultés sont tout aussi importantes.

L’activité liée à l’eau nécessite des investissements considérables tout en générant une rentabilité extrêmement faible, voire inexistante. Séparée de l’activité électricité, elle risque rapidement de connaître des difficultés financières majeures. Sans plan massif d’investissement, sans subventions d’équilibre et sans modèle économique clairement défini, cette nouvelle structure pourrait connaître le même destin que La Poste après sa séparation d’avec les télécommunications.

Une réforme institutionnelle ne remplacera jamais les investissements qui n’ont pas été réalisés. Changer l’organisation d’une entreprise ne fera pas apparaître de nouvelles usines de traitement, de nouveaux réservoirs, de nouveaux forages ou de nouvelles canalisations. Là encore, le gouvernement semble avoir choisi de traiter les conséquences plutôt que les causes profondes de la crise.

L’armée : de la sécurité nationale à la distribution de l’eau

La deuxième décision du gouvernement a consisté à confier la distribution de l’eau aux forces de défense. Ce choix constitue l’aveu d’un effondrement du service public.

Les militaires se retrouvent investis d’une mission qui ne relève normalement pas de leurs attributions en temps de paix. Leur vocation est d’assurer la défense du territoire et la protection des populations, non de se substituer durablement aux services publics défaillants. Cette décision comportait d’ailleurs trois risques majeurs.

Le premier était d’ordre logistique. L’armée ne dispose pas d’un nombre suffisant de camions-citernes pour assurer durablement une telle mission. Elle aurait rapidement montré ses limites, comme ce fut le cas lorsqu’elle avait été mobilisée pour la gestion des ordures ménagères.

Le deuxième risque est celui de la transparence. La distribution de l’eau donne désormais lieu à la perception de recettes dont les modalités de collecte, de contrôle et d’affectation n’ont jamais été précisées. Les Gabonais sont en droit de savoir qui encaisse ces sommes, selon quelles règles elles sont contrôlées et à quoi elles seront affectées.

Enfin, les militaires vivent eux aussi dans des quartiers confrontés à la pénurie d’eau. Les placer dans une telle situation fait naître un risque de tensions, de soupçons et de conflits d’intérêts inutiles.

Le gouvernement a d’ailleurs lui-même reconnu l’impasse de cette décision.

Après avoir interdit la vente d’eau par des opérateurs privés « non gabonais », il a finalement été contraint, dès le lendemain d’un entretien avec le Chef de l’État, de faire appel à ces mêmes opérateurs pour assurer de nouveau l’approvisionnement des populations, aux côtés des forces de défense.

Ce spectaculaire rétropédalage illustre une méthode de gouvernance devenue habituelle : décider avant de réfléchir, puis corriger dans l’urgence les erreurs commises.

Sans avoir eu besoin de manifester, les opérateurs privés ont obtenu en quelques jours ce que le gouvernement refusait encore la veille.

Ils viennent de le faire pour l’eau. Demain, ils pourraient le faire pour la farine, le pain ou d’autres produits de première nécessité dont ils contrôlent une partie de la distribution.

Plus grave encore, le numéro mis en place par le gouvernement pour permettre aux populations de commander de l’eau est, selon de très nombreux témoignages, largement inopérant. Les appels restent sans réponse ou n’aboutissent pas.

Les Gabonais se retrouvent ainsi privés à la fois de l’ancien système et d’un nouveau dispositif qui ne fonctionne pas.

Invité de l’émission spéciale « La Nuit des 100 jours » sur Gabon 1ère le 27 mai dernier, le ministre n’avait pourtant pas annoncé une telle mesure, pourtant lourde de conséquences pour les ménages comme pour les entreprises. Son communiqué du 1er juillet ne précise d’ailleurs ni les objectifs poursuivis, ni les délais de retour à la normale, ni les investissements prévus pour sortir durablement de cette crise.

Les Gabonais sont ainsi invités à s’adapter à une situation exceptionnelle sans que personne ne leur indique quand elle prendra fin.

Le marché parallèle de l’eau et une tarification incompréhensible

L’incapacité du service public à assurer un approvisionnement régulier des populations a favorisé l’essor d’un marché parallèle de la livraison d’eau. Les autorités elles-mêmes ont justifié certaines de leurs décisions en évoquant l’existence de pratiques illicites impliquant des agents de l’opérateur public. Si de tels dysfonctionnements sont avérés, ils soulèvent une double interrogation.

D’une part, sur le respect de la convention de concession liant l’État à la SEEG. D’autre part, sur le rôle de l’ARSEE, dont la mission est précisément de veiller au respect des obligations de service public, à la qualité du service rendu aux usagers et au bon fonctionnement du secteur.

Au lieu de s’attaquer aux causes de ces dérives, le gouvernement semble avoir choisi d’en traiter les conséquences dans l’urgence, sans apporter de réponse durable aux défaillances de gouvernance qui les ont rendues possibles.

Les décisions gouvernementales soulèvent également une autre question essentielle : celle du prix de l’eau.

À première vue, la nouvelle tarification peut sembler répondre à une logique sociale destinée à limiter les dépenses des ménages. Mais, à y regarder de plus près, elle demeure difficilement justifiable.

Alors que la SEEG facture le mètre cube d’eau potable autour de 400 FCFA, l’eau livrée aux populations est désormais facturée entre 3 000 et 4 000 FCFA. L’écart est considérable.

Même en intégrant le carburant, l’entretien des camions-citernes, les coûts de distribution et l’organisation des tournées, une telle différence appelle des explications de la part des autorités.

Les camions-citernes appartiennent à l’État. Le carburant est financé par le budget public. Les personnels mobilisés sont rémunérés par l’État. Dès lors, qu’est-ce qui justifie une telle tarification ?

Que certains particuliers aient profité de la pénurie pour pratiquer des prix excessifs était déjà contestable. Que l’État lui-même adopte désormais une tarification comparable est tout simplement inacceptable.

Une autre question demeure sans réponse : quelles garanties sanitaires entourent le stockage, le transport et la distribution de cette eau ? Si son approvisionnement est assuré à partir des installations de la SEEG, rien n’est dit sur les conditions d’hygiène des citernes, des réservoirs ou des récipients utilisés jusqu’à la livraison au consommateur.

À terme, cette situation pourrait conduire la SEEG elle-même à revoir ses tarifs à la hausse.

Faut-il y voir l’objectif inavoué de cette politique : préparer progressivement les Gabonais à une augmentation durable du prix de l’eau ?

Les véritables causes de la crise

La pénurie actuelle n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’une succession de mauvaises décisions : sous-investissement chronique dans les infrastructures, absence d’anticipation, préférence systématique pour les solutions de court terme et défaillance des mécanismes de tutelle, de régulation et de contrôle.

La crise que vivent aujourd’hui les Gabonais est le prix de cette accumulation de renoncements.

L’urgence d’une véritable politique de l’eau

La crise actuelle ne sera pas résolue par des annonces successives ni par des décisions improvisées.

Le Gabon a besoin d’une véritable stratégie nationale de l’eau, fondée sur des investissements durables dans les infrastructures de captage, de production, de stockage, de transport et de distribution. L’accès à l’eau potable est un droit fondamental. Il appartient à l’État d’en garantir l’effectivité.

Mais au-delà des infrastructures, c’est la méthode de gouvernance qui doit être profondément repensée.

L’urgence hydrique n’est pas née le 1er juillet 2026. Elle est le résultat d’années d’absence d’anticipation. Gouverner, c’est prévoir. Lorsqu’un gouvernement en est réduit à gérer l’urgence permanente, c’est que la prévoyance a cédé la place à l’improvisation.

La véritable crise n’est peut-être pas celle de l’eau. C’est celle de la gouvernance.

En moins de trois ans, les nouvelles autorités ont déjà nommé cinq directeurs généraux à la tête de la SEEG. Cinq dirigeants se sont succédé, mais les Gabonais continuent de manquer d’eau.

À chaque difficulté, on change les hommes. Mais on refuse de remettre en cause les méthodes.

Les décisions sont prises au sommet, sans écouter les ingénieurs, les techniciens et les agents de terrain qui connaissent les réseaux, les installations, leurs faiblesses et les investissements indispensables à leur modernisation. Comment s’étonner, dès lors, que les erreurs se succèdent et que chaque réforme produise de nouvelles difficultés ?

Une gouvernance qui n’écoute pas ceux qui savent est une gouvernance qui se condamne à répéter les mêmes erreurs.

Le problème n’est donc pas seulement celui de la SEEG. Il est celui d’un mode de gouvernance qui préfère les annonces aux résultats, l’improvisation à l’anticipation, les changements d’organigramme aux investissements et la communication à l’action.

Les Gabonais n’attendent pas un sixième directeur général. Ils n’attendent pas une nouvelle annonce, ni une nouvelle cellule de crise. Ils attendent que l’eau coule enfin de leurs robinets.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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