Gabon : 10 ans après, la loi antitabac toujours rangée au placard !
Dix ans après la promulgation des décrets d’application de la loi antitabac le 17 mai 2016, le Gabon affiche un bilan pour le moins contrasté. Entre avancées législatives et inertie sur le terrain, l’effectivité de ces dispositions légales « oscille entre mythe ou réalité » , s’alarme l’organisation SOS Tabagisme Gabon dans une récente déclaration signée par son président, Anthony Silver Mba Nkogo.
Si le pays s’est doté d’un arsenal juridique important, incluant la ratification de la Convention-Cadre de l’OMS en 2003 et l’adoption de la loi nationale en 2013, la mise en œuvre de ces textes reste « mitigé voir alarmant au regard de la progression inquiétante du phénomène du tabagisme particulièrement chez les jeunes ».
Le constat le plus frappant concerne le décret 284, relatif au conditionnement des produits du tabac. Censé imposer des illustrations sanitaires pour alerter les consommateurs sur les risques réels, ce texte « n’a jamais été appliqué au Gabon 10 après ». Pour l’ONG, ces « atermoiements sur sa mise en œuvre cachaient une interférence manifeste de l’industrie du tabac ».
Cette influence de l’industrie est également pointée du doigt concernant le décret 286 sur la prévention de l’ingérence des cigarettiers dans la santé publique, l’association affirmant que «l’inapplication de la loi antitabac dix après est une illustration parfaite de l’interférence de l’industrie du tabac ».
D’autres décrets ne connaissent qu’une application très partielle. C’est le cas de l’interdiction de fumer dans les lieux publics (décret 287), où « tous les lieux publics énumérés dans cette disposition ne respectent pas cette interdiction ». De même, l’interdiction de la publicité et du parrainage (décret 285) est largement contournée : si les médias traditionnels jouent le jeu, l’industrie continue sa promotion agressive « sur lieu de vente à travers des affichages en format A4 sur des boutiques ».
Le maillon faible de la lutte antitabac
Le symbole le plus criant de cette inertie reste le décret 0339, censé créer une Commission nationale de lutte contre le tabagisme pour veiller au respect de la loi. Dix ans plus tard, cette commission « reste […] un véritable mythe ». « Le levier central de dissuasion qui est celui de l’application de la loi semble constituer aujourd’hui le maillon faible de la lutte antitabac en République Gabonaise », regrette SOS Tabagisme Gabon.
Face à ce constat, l’ONG exhorte les autorités à réagir fermement afin que des dispositions soient prises rapidement « pour faire appliquer la loi antitabac afin de protéger particulièrement les jeunes et générations avenir de ce fléau extrêmement dangereux ».









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