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CEMAC : Le Gabon face au mur du déclin pétrolier

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Les économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) dessinent, sur la décennie 2020-2030, des trajectoires de croissance profondément asymétriques. Selon une analyse publiée par le média spécialisé Sika Finance, basée sur les données de la BEAC, la région avance désormais à deux vitesses. Tandis que le Cameroun et le Tchad s’affirment comme les locomotives de la zone grâce à la diversification de leurs activités, le Gabon et la Guinée Équatoriale ferment la marche, pris au piège de l’épuisement de leurs ressources.

Le cas du Gabon est particulièrement révélateur de ces fragilités structurelles. Coincé entre le déclin progressif de ses réserves de brut et l’obligation de mener des ajustements budgétaires douloureux, Libreville affiche la trajectoire la plus plate des économies pétrolières de la zone. Comme le souligne Sika Finance, le produit intérieur brut (PIB) nominal du pays stagne, passant de 9 484 milliards de FCFA en 2020 à 13 254 milliards en 2025, avec une timide projection à 17 316 milliards d’ici 2030.

Cette atrophie se traduit par un coup d’arrêt brutal de l’activité. Après avoir enregistré une croissance de 4,0 % en 2025, l’économie gabonaise devrait s’effondrer pour atteindre un taux de croissance réel d’à peine 1,1 % en 2026. Ce ralentissement s’accompagne d’un dérapage majeur des finances publiques, illustré par un déficit budgétaire exceptionnel qui culmine à 11,6 % du PIB.

Plus alarmant encore, le matelas financier extérieur du pays s’est dangereusement aminci. Les données financières révèlent que les réserves de change du Gabon se sont effondrées pour atteindre le seuil critique de 0,7 mois d’importations en 2025. Cette situation expose directement le pays à des risques de liquidité et affaiblit la position globale de la CEMAC, dont la croissance consolidée devrait refluer à 2,9 % en 2026.

En définitive, le Gabon paie le prix fort de son retard dans la transformation structurelle de son modèle de croissance. Alors que le déclin de la rente noire est désormais acté, l’urgence n’est plus seulement à l’austérité, mais à une refonte économique profonde. Pour Libreville, l’enjeu des prochaines années sera d’amorcer un sursaut indispensable vers un modèle enfin affranchi de l’or noir.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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