Potasse : le Gabon peut-il devenir le futur géant africain des engrais ?
Avec des réserves estimées à plus de 10 milliards de tonnes et une position géographique stratégique sur l’Atlantique, le Gabon pourrait s’imposer dans les prochaines années comme un acteur majeur du marché mondial de la potasse. Porté par le projet Banio de la société Millennial Potash, le pays nourrit désormais l’ambition de devenir un fournisseur clé d’un minerai indispensable à l’agriculture mondiale, dans un contexte de forte hausse de la demande internationale en engrais.
Longtemps associé au pétrole, au manganèse ou encore au bois, le Gabon pourrait bientôt voir émerger une nouvelle ressource stratégique capable de transformer profondément son positionnement économique international. La potasse, minerai essentiel à la fabrication des engrais agricoles, attire désormais l’attention des investisseurs et des analystes internationaux.
Selon une analyse publiée par Forbes Africa, les réserves identifiées au Gabon figureraient parmi « les bassins potassiques les plus prometteurs au monde ». Une perspective qui intervient alors que le marché mondial de la potasse, estimé à près de 62 milliards de dollars en 2024, pourrait atteindre plus de 93 milliards de dollars à l’horizon 2032 sous l’effet de la croissance des besoins agricoles mondiaux.
Le projet Banio au cœur des ambitions minières
Au centre de cette dynamique se trouve le projet de Banio, développé dans le sud-ouest du Gabon par la société Millennial Potash. Selon son président et cofondateur Farhad Abasov, une étude de faisabilité menée sur seulement 5 % d’une zone couvrant près de 1 500 km² aurait déjà permis d’identifier plus de 6 milliards de tonnes de ressources potassiques.
Pour plusieurs observateurs du secteur, le potentiel réel pourrait largement dépasser ces premières estimations. « Le Gabon ne se contentera pas de dominer l’Afrique, il créera le marché de la potasse du continent », affirme notamment Thapelo Machaba, économiste agricole à la Chambre de commerce agricole d’Afrique du Sud, citée par Forbes Africa.
Cette ambition repose sur plusieurs facteurs jugés favorables : des coûts de production potentiellement compétitifs, un accès maritime direct à l’Atlantique et un environnement politique considéré comme relativement stable pour les investisseurs.
Un avantage géographique stratégique face aux tensions mondiales
L’un des principaux atouts du Gabon réside précisément dans sa position géographique. Situé sur la façade atlantique, le pays bénéficie d’une connexion maritime directe avec le Brésil, premier importateur mondial de potasse avec environ 13 millions de tonnes consommées chaque année.
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et les fragilités des chaînes logistiques mondiales, cet avantage devient stratégique. Contrairement à certaines routes commerciales dépendantes de détroits sensibles ou de zones à risque, le corridor Atlantique reliant le Gabon aux Amériques apparaît moins exposé aux perturbations internationales.
Cette stabilité logistique pourrait renforcer l’attractivité du Gabon auprès des grands marchés agricoles mondiaux, notamment dans un environnement où la sécurité des approvisionnements en matières premières devient un enjeu majeur pour plusieurs puissances économiques.
L’Afrique comme futur marché de croissance
Au-delà des marchés américains et brésiliens, le continent africain représente également une cible stratégique pour le développement de la potasse gabonaise. Aujourd’hui encore, l’Afrique consomme relativement peu de potasse, principalement en raison des coûts élevés d’importation.
Millennial Potash entend ainsi positionner le projet gabonais comme un levier capable de soutenir l’agriculture africaine dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Une orientation qui pourrait contribuer à renforcer la souveraineté alimentaire du continent face à la dépendance extérieure en engrais.
Le projet bénéficie déjà de l’appui de la United States International Development Finance Corporation (DFC), engagée dans le financement des études de faisabilité. En parallèle, les autorités gabonaises travaillent avec les investisseurs sur le développement d’un port en eau profonde destiné à soutenir les futures exportations.
Une opportunité stratégique pour diversifier l’économie gabonaise
La mise en exploitation industrielle du projet est envisagée à partir de 2029, avec un démarrage des travaux miniers annoncé dès le second semestre 2027. La société prévoit notamment de recourir à une technique d’exploitation par dissolution, présentée comme moins invasive pour les populations et l’environnement.
Mais derrière les perspectives prometteuses, plusieurs défis restent posés : besoins importants en infrastructures, mobilisation des financements, exigences environnementales et nécessité d’assurer des retombées économiques concrètes pour les populations locales. Car au Gabon, les grandes promesses minières ont souvent nourri autant d’espoirs que d’interrogations sur la capacité réelle du pays à transformer ses ressources naturelles en développement durable.
Si le projet Banio se concrétise, la potasse pourrait néanmoins offrir au Gabon un nouveau levier stratégique de diversification économique à l’heure où la transition mondiale vers la sécurité alimentaire et les engrais agricoles redessine progressivement les rapports de force sur le marché des matières premières.









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