Gabon : l’État ambitionne acquérir 20 % du capital de CIMAF pour bâtir sa souveraineté cimentière
Le jeudi dernier 21 mai 2026, le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, a formellement notifié aux dirigeants de la société marocaine CIMAF l’intention de Libreville d’acquérir une participation à hauteur de 20 % dans le capital de sa filiale locale. Cette annonce marque un tournant politique et économique majeur, illustrant la volonté des autorités de reprendre la main sur les industries clés du pays.
Implantée depuis 2015 dans la zone industrielle d’Owendo, la filiale gabonaise du géant marocain s’est imposée comme un pilier de l’économie nationale. Avec un investissement cumulé de près de 70 milliards de FCFA depuis son arrivée, l’entreprise tourne actuellement à plein régime, affichant une production annuelle de 900 000 tonnes de ciment.
Cependant, CIMAF ne compte pas s’arrêter là. D’ici la fin de l’année 2026, grâce à la mise en service d’une troisième ligne de production, la capacité du site devrait tout simplement doubler pour atteindre 1,85 million de tonnes par an. L’objectif partagé par le groupe et l’État est limpide : hisser le Gabon vers l’autosuffisance totale et couper définitivement les ponts avec la dépendance aux importations.
Cap sur la valorisation des ressources locales
Pour soutenir cette montée en puissance, les regards se tournent désormais vers Ntoum, commune située à une quarantaine de kilomètres de la capitale. C’est ici que s’érige une nouvelle usine de broyage de calcaire, un projet d’envergure chiffré à 27 milliards de FCFA. Comme le rappelait El Mehdi Janah Idrissi, PDG de CIMAF Gabon, lors d’une audience présidentielle en décembre 2025, cet investissement est le levier indispensable pour franchir le cap des 1,85 million de tonnes.
Au-delà des chiffres, cette infrastructure répond à un impératif stratégique : exploiter le clinker directement sur le sol gabonais, où la matière première abonde, plutôt que de la faire venir du Maroc.
Fin des privilèges fiscaux à l’horizon 2027
Cette transition mettra également un terme à une anomalie qui irritait profondément le ministère de l’Économie. Jusqu’à présent, les importations de clinker par CIMAF bénéficiaient d’exonérations fiscales de plus en plus contestées au sommet de l’État. Le signal de la fin de la récréation a officiellement été donné : les autorités ont acté la suppression définitive de ces avantages fiscaux à compter du 1er janvier 2027. En entrant au capital, l’État gabonais s’assure ainsi de surveiller de près cette mutation industrielle majeure.









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