Beatbox, masques et vocalises : le jour où l’Opéra de Pékin a traversé les continents
À la Guilde de Huguang, temple pluri-centenaire de l’art lyrique à Beijing, un direct inédit a fait converser opéra chinois, opéra occidental et rythmes africains. Un voyage sonore vibrant qui prouve que les traditions n’ont pas de frontières.
Il y a des lieux où le temps semble retenir son souffle. Dans le district historique de Xicheng, la Guilde de Huguang est de ceux-là. C’est ici, sur la scène même où le légendaire Mei Lanfang chantait et où Chen Kaige tourna des scènes d’Adieu ma concubine, que la magie a opéré. Le 21 septembre dernier, la plateforme BoomLive et CGTN Français y organisaient une rencontre hors du commun. Intitulé « Quand l’Opéra chinois nous inspire », ce direct réunissait l’animatrice Coco et l’artiste togolais D’mo autour d’un défi : transformer un patrimoine millénaire en terrain de jeu universel.
La fusion des genres : du récitatif ancestral aux beatbox urbains
L’immersion fut immédiate. Avant d’ouvrir le débat, Coco et D’mo ont chaussé les bottes des apprentis. Sous le regard exigeant de Li Hongyan, figure de la Troupe Mei Lanfang, le duo s’est confronté à la rigueur de l’opéra de Pékin, du Henan et de Huangmei. Exercices de souffle, maîtrise des regards, vocalises acrobatiques : la discipline ne pardonne pas.
Mais la véritable étincelle est venue de l’audace. En insufflant des cadences rap et du beatboxing sur un extrait de Mu Guiying prend le commandement, D’mo a brisé la glace. En un couplet, l’opéra chinois perdait son statut de pièce de musée pour redevenir ce qu’il a toujours été : une matière vivante, vibrante, capable d’épouser les mouvements du monde contemporain.
Le miroir des cultures : masques, héroïnes et chants croisés
Autour du plateau, les artistes invités venus du Burkina Faso, d’Algérie et de République démocratique du Congo n’ont pas tardé à retrouver leurs propres racines dans cet art venu d’Asie :
En observant le maquillage cérémoniel du personnage de Bao Gong, le Burkinabè Karim Badolo a retrouvé la symbolique des masques de son pays. Dans les deux traditions, peindre un visage n’est pas un simple déguisement : c’est incarner une force, s’effacer pour laisser parler le mythe.
Pour l’Algérienne Maissa Benali Cherif, les figures de Hua Mulan et de Mu Guiying — générale reprenant les armes à 53 ans — trouvent une résonance directe dans les récits héroïques maghrébins, où l’expérience et le courage féminins façonnent les destinées.
Observant les duels lyriques de l’opéra Huangmei, le Congolais Rocco Nkanga y a reconnu la structure du chant responsorial africain, cette mécanique ancestrale où le soliste appelle et le chœur répond.
Une même voix pour raconter l’humain
Qu’il s’agisse des aigus perçants de l’art lyrique occidental ou des modulations de l’opéra de Pékin, l’émission a mis en lumière une vérité essentielle : la technique n’est qu’un vecteur. Derrière la virtuosité vocale, les costumes éclatants et la codification des gestes, l’objectif demeure inchangé depuis des siècles — dire la colère, la joie, la trahison et l’espoir.
En réunissant ces artistes venus de plusieurs continents au cœur de Beijing, ce live n’a pas seulement célébré la richesse du patrimoine chinois. Il a rappelé que lorsque les cultures acceptent de se répondre sans préjugés, la tradition cesse d’être une relique pour devenir une source inépuisable d’inspiration.









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