Gabon : SEEG, quand le patriotisme économique ne suffit plus !
Près de 1 000 milliards de francs CFA mobilisés directement ou indirectement par l’État, des centrales thermiques en construction, des forages réalisés, des groupes électrogènes acquis, un partenariat avec SUEZ pour améliorer la desserte en eau, et pourtant les coupures d’eau et d’électricité continuent de rythmer le quotidien des Gabonais. Face à ce constat, une question de plus en plus de citoyens osent poser : la crise de la SEEG est-elle encore un problème de moyens ou désormais un problème de gouvernance et de compétences ?
Depuis le début de la Transition, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a fait de l’accès à l’eau et à l’électricité une priorité nationale. Rarement un chef de l’État aura autant investi politiquement et financièrement dans ce secteur. Transformateurs, groupes électrogènes, forages, nouvelles centrales thermiques, financements bancaires, réhabilitation des réseaux, partenariat avec SUEZ : les investissements se comptent en centaines de milliards de francs CFA. À eux seuls, les projets énergétiques annoncés représentent plus de 800 milliards de francs CFA.
Des investissements massifs pour des résultats toujours insuffisants
La difficulté est que les résultats peinent à suivre. Partout dans le pays, les populations continuent de subir délestages, pénuries d’eau et perturbations récurrentes du service public. Plus préoccupant encore, plusieurs dysfonctionnements opérationnels rapportés ces dernières années interrogent sur la capacité réelle de l’entreprise à valoriser les moyens mis à sa disposition. L’échec reconnu du projet PIEPAL, les difficultés techniques rencontrées dans certaines provinces et les multiples actes de sabotage ou de fraude décrits par les autorités alimentent aujourd’hui le débat sur la performance réelle de la SEEG.
Pendant des années, le débat sur la souveraineté nationale a dominé les discussions autour de la gestion des entreprises stratégiques. Pourtant, la véritable question n’est peut-être pas celle de la nationalité des dirigeants mais celle des résultats. Une entreprise publique ou privée n’est pas jugée sur ses intentions mais sur sa capacité à fournir le service attendu. Les usagers ne demandent pas une gestion gabonaise, française, sénégalaise ou britannique de l’eau et de l’électricité. Ils demandent simplement de l’eau au robinet et du courant dans leurs foyers.
Auditer, sanctionner et réformer
Si des agents ou des responsables profitent de la pénurie d’eau pour développer des intérêts privés incompatibles avec leur mission, alors ces faits doivent être documentés, audités et, le cas échéant, poursuivis par la justice.
Si des réseaux de fraude, de vols de câbles ou de conflits d’intérêts existent, ils doivent être démantelés. Si l’organisation actuelle ne fonctionne plus, elle doit être réformée. La proposition présidentielle de séparer l’eau de l’électricité, mais également la production, la distribution et la commercialisation, mérite ainsi un examen sérieux. Plusieurs pays africains ont adopté des modèles similaires avec des résultats parfois plus satisfaisants.
Le véritable enjeu n’est plus idéologique. Après des années de difficultés et des centaines de milliards investis, les Gabonais attendent désormais des résultats mesurables. Le débat n’oppose plus souveraineté nationale et expertise étrangère. Il oppose l’échec à l’efficacité. Car au bout du compte, ce qui intéresse les populations n’est pas le statut de l’opérateur ni la nationalité du dirigeant. Ce qu’elles veulent, c’est un service public fiable, performant et capable de répondre à leurs besoins quotidiens. Et c’est précisément sur ce terrain que la SEEG est aujourd’hui attendue.










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