Gabon : 66,8 % des unités industrielles concentrées dans l’Estuaire
Les résultats de l’Enquête nationale de collecte des données industrielles, présentés le lundi 11 mai dernier au vice-président du gouvernement Hermann Immongault, dressent un portrait sans concession du secteur au Gabon. Entre hyper-concentration géographique et domination de l’expertise étrangère, les chiffres révèlent l’ampleur des défis pour la souveraineté économique du pays.
Lancée avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), cette vaste étude de terrain a permis de recenser précisément 190 unités industrielles sur l’ensemble du territoire. Mais au-delà du décompte global, c’est la répartition de ces structures qui frappe les observateurs.
L’Estuaire, épicentre d’un système polarisé
Le premier enseignement majeur réside dans la fracture territoriale. La province de l’Estuaire s’impose comme l’unique véritable moteur industriel du Gabon. Avec 127 unités répertoriées, elle concentre à elle seule 66,8 % du parc national. Ce déséquilibre structurel laisse peu de place aux autres régions.
Derrière ce géant, le Haut-Ogooué et le Moyen-Ogooué font figure de lointains poursuivants, avec chacun 14 unités soit 7,4 %. Le reste du pays se partage les miettes du développement industriel : l’Ogooué-Maritime et le Woleu-Ntem comptent 10 unités soit 5,3 % chacun, tandis que l’Ogooué-Ivindo n’en dénombre que 5 soit 2,6 %. En queue de peloton, la Ngounié (4 unités, soit 2,1 %), la Nyanga et l’Ogooué-Lolo (3 unités chacune, soit 1,6 %) témoignent d’un tissu industriel quasi embryonnaire.
Un pilotage majoritairement étranger
Outre la géographie, l’enquête soulève une question cruciale : celle de la direction des entreprises. Sur les 188 structures analysées sous cet angle, le constat est sans appel : 137 sont dirigées par des expatriés, contre seulement 51 par des nationaux. En d’autres termes, près de 73 % des leviers de commande de l’industrie gabonaise échappent aux compétences locales.
Pour Lubin Ntoutoume, ministre de l’Industrie et de la Transformation locale, ces données fiables sont indispensables pour corriger les trajectoires actuelles. L’étude pointe également une fragilité administrative inquiétante : de nombreuses entreprises exercent sans l’agrément technique industriel requis.
L’enjeu est désormais de transformer ces statistiques en levier d’action. L’objectif affiché est double : favoriser une décentralisation industrielle pour dynamiser l’intérieur du pays et renforcer l’implication des nationaux dans la gestion des actifs productifs, afin de bâtir une économie plus résiliente et inclusive.









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