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Assemblée nationale : rejet de la réforme du crédit, un message politique envoyé à Oligui Nguema ?

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Le rejet du projet de loi sur l’activité de crédit par l’Assemblée nationale dépasse désormais le simple débat technique ou bancaire. Derrière le refus d’un texte pourtant porté par le gouvernement, adopté en Conseil des ministres et défendu par le ministre de l’Économie Thierry Minko, plusieurs observateurs voient émerger une séquence politique plus profonde : celle d’une majorité parlementaire qui semble vouloir affirmer son autonomie face à l’exécutif dirigé par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Une posture qui interroge sur les rapports de force au sein même du pouvoir.

Au Palais Léon-Mba, le rejet du projet de loi relatif à l’activité de crédit a provoqué bien plus qu’un simple revers parlementaire pour le gouvernement. Il a surtout mis en lumière une réalité politique de plus en plus perceptible depuis plusieurs mois : une partie de la majorité semble désormais décidée à exister politiquement face à l’exécutif. Car il faut le rappeler : ce texte n’était ni une initiative isolée d’un ministre, ni une proposition technique improvisée. Il s’agissait d’un projet porté par le gouvernement de la République, validé en Conseil des ministres et inscrit dans une logique de réforme impulsée par les plus hautes autorités de l’État.

En rejetant ce texte stratégique adopté en Conseil des ministres le 25 octobre 2025 sous l’ère d’Henri Claude Oyima et aujourd’hui défendue par l’actuel ministre de l’Économie Thierry Minko, les députés n’ont donc pas seulement désavoué un ministre de l’Economie. Ils ont, de facto, envoyé un signal politique au chef du gouvernement, et dans la Vème République, celui-ci n’est autre que le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema lui-même.

Une majorité qui cherche à exister politiquement

Officiellement, les critiques formulées par certains parlementaires portaient sur les risques d’incompatibilité avec les règlements communautaires de la CEMAC et les prérogatives de la COBAC. Mais derrière l’argument juridique, beaucoup y voient surtout une démonstration de force politique. Depuis l’installation de la nouvelle architecture institutionnelle, plusieurs députés issus de la majorité donnent de plus en plus le sentiment de vouloir s’émanciper de la logique de discipline politique qui caractérise généralement les majorités présidentielles.

Le problème est que cette volonté d’autonomisation intervient sur un texte particulièrement sensible, touchant directement à la stabilité financière, à la régulation du crédit et à la protection du système bancaire. Car pendant que les débats politiques occupent l’espace parlementaire, les banques, elles, continuent de faire face à une hausse des créances en souffrance, aux défauts de remboursement et aux risques de fragilisation du secteur financier.Dès lors, une question commence à circuler dans plusieurs milieux économiques : jusqu’où certains députés sont-ils prêts à aller dans la démonstration politique, au risque de bloquer des réformes structurelles jugées nécessaires ?

Un avertissement politique adressé à l’exécutif ?

Dans les couloirs politiques, beaucoup interprètent désormais ce vote comme un avertissement adressé au pouvoir exécutif. Une manière pour certains élus de rappeler que l’Assemblée nationale ne souhaite plus apparaître comme une simple chambre d’enregistrement des décisions gouvernementales. Mais cette stratégie comporte aussi un risque politique majeur : celui de brouiller la lisibilité de l’action publique au moment même où le président Oligui Nguema tente de projeter l’image d’un État réformateur, soucieux de moderniser l’économie et de restaurer la crédibilité des institutions.

Le paradoxe est d’autant plus fort que le texte rejeté visait notamment à encadrer les conditions d’accès au crédit, responsabiliser les emprunteurs et protéger les établissements financiers contre l’explosion des impayés. Autrement dit, pendant que le gouvernement tente de construire un cadre plus rigoureux pour sécuriser le système bancaire, une partie de sa propre majorité semble privilégier un rapport de force politique.

Le risque d’une récupération politique des réformes

Cette séquence révèle surtout une autre réalité : les grandes réformes économiques deviennent progressivement des terrains de repositionnement politique. Le danger est qu’à force de transformer chaque texte structurant en bras de fer institutionnel, l’action publique finisse par perdre en cohérence et en efficacité. Car au final, les conséquences d’un blocage prolongé ne seront pas supportées par les responsables politiques eux-mêmes, mais par les acteurs économiques, les banques, les PME et les populations qui dépendent du financement pour entreprendre, investir ou simplement accéder au crédit. 

Dans ce contexte, beaucoup s’interrogent désormais : la majorité parlementaire cherche-t-elle simplement à enrichir le débat démocratique, ou assiste-t-on à l’émergence d’une stratégie de marquage politique vis-à-vis de l’exécutif ? Une chose est certaine : en rejetant un texte porté par le gouvernement du président Oligui Nguema, l’Assemblée nationale a envoyé un message politique clair. Reste désormais à savoir comment l’exécutif choisira d’y répondre.

Morel Mondjo Mouega

Titulaire d'une Licence en droit, l'écriture et la lecture sont une passion que je mets au quotidien au profit des rédactions de Gabon Media Time depuis son lancement le 4 juillet 2016 et de GMTme depuis septembre 2019. Rédacteur en chef

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