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Manganèse : de l’ambition à la réalité, pourquoi le Gabon a revu ses objectifs à la baisse

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Annoncée comme l’un des piliers de la souveraineté économique du Gabon, la transformation locale du manganèse devait atteindre cinq millions de tonnes. L’accord signé le 20 juillet 2026 entre l’État gabonais et Eramet fixe finalement cet objectif à 700 000 tonnes d’ici à 2031. Une réduction spectaculaire qui peut susciter des interrogations. Pourtant, derrière ce recul apparent se cache une réalité beaucoup plus complexe : celle des limites énergétiques, industrielles et logistiques auxquelles le pays demeure confronté.

La volonté politique de transformer localement les ressources minières répond à une logique parfaitement légitime. Exporter des minerais bruts revient à céder une partie de la valeur ajoutée, des emplois industriels et des recettes fiscales qui pourraient être créés sur le territoire national. Depuis plusieurs années, cette ambition s’est imposée comme un marqueur de la stratégie de souveraineté économique du Gabon, avec l’objectif affiché de faire émerger une véritable industrie métallurgique nationale.

Mais gouverner consiste aussi à confronter les ambitions à la réalité des infrastructures disponibles. L’accord conclu avec Eramet, qui ramène les volumes de transformation de cinq millions à 700 000 tonnes, ne traduit pas nécessairement un renoncement politique. Il révèle surtout que la volonté seule ne suffit pas à faire fonctionner des fours industriels. Avant de transformer davantage de minerai, encore faut-il disposer de l’énergie, du gaz, des capacités de transport et des réseaux électriques capables de soutenir une telle montée en puissance.

La véritable limite s’appelle l’électricité

Transformer du minerai de manganèse n’a rien d’une simple opération mécanique. La production de ferromanganèse repose sur des fours électriques fonctionnant à près de 1 600 degrés Celsius, particulièrement énergivores. Selon les standards industriels, chaque tonne nécessite plusieurs milliers de kilowattheures d’électricité. À l’échelle des cinq millions de tonnes initialement évoquées, les besoins énergétiques deviennent tout simplement gigantesques.

Or, le Gabon peine déjà à satisfaire sa propre demande domestique. Les délestages récurrents, les contraintes de production de la SEEG, les pertes techniques du réseau ainsi que l’insuffisance des capacités de transport de l’électricité témoignent des fragilités persistantes du système énergétique national. Vouloir alimenter simultanément plusieurs complexes métallurgiques de grande capacité reviendrait aujourd’hui à exercer une pression considérable sur un réseau déjà sous tension.

La problématique gazière vient renforcer ce constat. La centrale thermique d’Owendo dépend d’un approvisionnement en gaz qui demeure insuffisant pour répondre aux besoins futurs de l’industrie lourde. Tant que les infrastructures de production, de transport et de distribution du gaz n’auront pas été renforcées, l’industrialisation du manganèse restera contrainte par des limites physiques davantage que par des arbitrages politiques.

Eramet adapte sa stratégie, le Gabon préserve son cap

Dans ce contexte, Eramet a fait le choix d’une approche plus progressive. L’entreprise limite les volumes immédiatement transformés tout en proposant plusieurs projets susceptibles d’accompagner l’industrialisation du pays. Le développement d’une filière de biocharbon à Lastourville, en partenariat avec Precious Woods, vise notamment à réduire la dépendance au coke importé dans les procédés métallurgiques tout en valorisant les ressources locales.

Le lancement annoncé d’un fonds d’amorçage destiné à soutenir l’industrie gabonaise traduit également une volonté de compenser la réduction des volumes transformés par des investissements orientés vers la diversification économique. Ces engagements permettront-ils de créer la valeur ajoutée espérée ? La question reste ouverte et devra être évaluée à l’aune de leur mise en œuvre effective.

Il serait toutefois réducteur de considérer ces annonces comme de simples contreparties négociées. Elles traduisent aussi une évolution des priorités : plutôt que de poursuivre des objectifs difficilement atteignables dans l’immédiat, les partenaires semblent privilégier une trajectoire plus compatible avec les capacités industrielles actuelles du pays.

L’urgence n’est plus de fixer des objectifs, mais de construire les conditions de leur réussite

Le véritable enseignement de cette séquence dépasse largement le seul dossier Eramet. Elle met en lumière le principal défi de l’industrialisation gabonaise : les infrastructures.

Le Gabon ne pourra durablement imposer une transformation massive de ses ressources naturelles qu’à la condition de disposer d’une électricité abondante, compétitive et fiable, de nouvelles capacités hydroélectriques, d’un réseau gazier dimensionné pour les besoins industriels, d’un chemin de fer modernisé et d’infrastructures logistiques capables d’accompagner cette mutation.

Autrement dit, la souveraineté industrielle ne commence pas dans les conventions minières. Elle commence dans les barrages, les centrales électriques, les gazoducs, les lignes à haute tension et les infrastructures de transport. Ce sont ces investissements qui permettront demain de transformer non plus 700 000 tonnes, mais plusieurs millions de tonnes de minerai sur le territoire national.

Le débat ne devrait donc pas opposer ambition et réalisme. Il devrait plutôt porter sur la vitesse avec laquelle le Gabon sera capable de créer les conditions matérielles de son industrialisation. Car l’objectif de transformer davantage de manganèse localement demeure pertinent. Encore faut-il bâtir le socle énergétique et industriel qui lui permettra de devenir une réalité plutôt qu’une simple ambition.

Casimir Mapiya

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique.» Bernard Pivot Bernard Pivot

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