Gabon : vols de câbles et de compteurs d’eau, la justice doit remonter toute la filière du trafic
Alors que les coupures d’électricité continuent d’affecter des milliers de foyers gabonais, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a désigné un maillon souvent ignoré de cette chaîne de criminalité : les sociétés de récupération de rebuts ferreux qui rachètent des câbles électriques volés. Une déclaration qui pose une question simple : pourquoi les auteurs des vols sont-ils régulièrement pointés du doigt, tandis que ceux qui alimentent ce marché continuent d’opérer en toute impunité ?
Dans son discours sur l’État de la Nation, le chef de l’État a dénoncé sans ambiguïté les conséquences du vol de câbles électriques sur le fonctionnement du réseau national. Plus encore, il a directement interpellé les entreprises spécialisées dans la récupération de métaux. « Je tiens à mettre en garde toutes ces sociétés de récupération de rebuts ferreux qui achètent auprès de ces jeunes des câbles électriques volés sans jamais les dénoncer à la justice », a déclaré Brice Clotaire Oligui Nguema.
Sans acheteurs, il n’y aurait pas de voleurs
Derrière chaque câble volé se cache un acheteur. Derrière chaque compteur arraché se trouve un circuit de revente. Cette réalité est connue de tous. Les auteurs des vols n’agissent pas pour conserver les câbles ou les compteurs de la SEEG. Ils les dérobent parce qu’ils savent qu’ils trouveront des acquéreurs prêts à les acheter contre quelques milliers de francs CFA.
Dès lors, la question ne concerne plus seulement les délinquants qui opèrent sur le terrain, mais également les entreprises qui alimentent cette économie souterraine. Comment expliquer que des quantités importantes de cuivre, de câbles électriques ou de compteurs puissent être rachetées sans qu’aucune vérification sérieuse de leur provenance ne soit effectuée ?
Exiger la traçabilité des métaux récupérés
La justice et les administrations compétentes gagneraient à exiger de chaque société de récupération de rebuts ferreux la justification de l’origine des produits qu’elle acquiert. Factures, certificats de cession, documents de provenance ou tout autre justificatif devraient devenir obligatoires pour toute transaction portant sur des matériaux sensibles. Une telle exigence permettrait de distinguer les opérateurs respectueux de la loi de ceux qui prospèrent grâce à des circuits d’approvisionnement douteux.
Le vol des câbles et des compteurs dépasse largement la simple délinquance économique. Chaque transformateur saboté, chaque câble sectionné et chaque compteur volé contribuent à aggraver les coupures d’électricité, à fragiliser les infrastructures publiques et à pénaliser des milliers d’usagers. Alors que l’État affirme avoir investi plus de 800 milliards de FCFA dans le secteur énergétique, il serait paradoxal de laisser prospérer des réseaux qui détruisent quotidiennement ces infrastructures.
L’avertissement lancé par le président de la République doit désormais être suivi d’effets. Car si les voleurs doivent être sanctionnés, les receleurs qui entretiennent ce trafic doivent eux aussi répondre de leurs actes. Sans cela, la lutte contre le sabotage des installations de la SEEG risque de demeurer un combat sans fin.










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