Gabon : parafiscalité, le gouvernement veut mettre fin à un système «anarchique»
Face à une parafiscalité jugée opaque et désorganisée, le gouvernement gabonais engage une réforme d’ampleur pour reprendre le contrôle des prélèvements. Sous l’impulsion du vice-président du gouvernement Hermann Immongault, une réflexion stratégique a été lancée afin de rationaliser un système accusé de fragiliser les finances publiques et de peser sur le pouvoir d’achat des ménages.
Longtemps tolérée, la parafiscalité au Gabon est aujourd’hui dans le viseur des autorités. Lors d’une séance de travail réunissant plusieurs membres du gouvernement, l’exécutif a pris la mesure d’un phénomène devenu structurel. Selon les constats dressés, le système actuel s’apparente à « un labyrinthe sans issue », caractérisé par une multiplication des taxes et redevances, souvent mal coordonnées et parfois difficilement traçables.
Une multiplication des prélèvements aux effets pervers
Le diagnostic posé est sans équivoque. Pas moins de 38 prélèvements parafiscaux coexistent aujourd’hui, appliqués à une même activité économique à travers différents canaux.
Taxes sur l’occupation du domaine public communal, redevances sur le domaine routier, taxes d’hygiène, taxes sur la publicité ou encore redevances d’embarquement : autant de charges qui s’additionnent sans réelle harmonisation. Cette superposition crée une confusion pour les opérateurs économiques, qui peinent à identifier une autorité unique de référence pour leurs obligations fiscales.
Des pertes massives pour l’État et une pression sur les ménages
Au-delà de la complexité administrative, les conséquences économiques sont majeures. Les autorités estiment que ce désordre engendre des pertes comprises entre 55 et 95 milliards de FCFA par an pour le Trésor public.
Parallèlement, cette parafiscalité diffuse exerce une pression inflationniste sur les prix, impactant directement le pouvoir d’achat des populations. Ce double effet, érosion des recettes publiques et renchérissement du coût de la vie, justifie la volonté affichée de réformer en profondeur ce système.
Une réforme structurelle pour reprendre le contrôle
Face à cette situation, le gouvernement entend « prendre le taureau par les cornes » en réorganisant les mécanismes de collecte et d’affectation des ressources parafiscales. L’objectif est clair : mettre fin aux initiatives dispersées et instaurer une gouvernance centralisée, capable d’assurer la traçabilité et l’efficacité des prélèvements.
Pour concrétiser cette ambition, un comité technique a été mis en place sous l’autorité du Secrétariat général du gouvernement. Ce dispositif aura pour mission de définir une nouvelle architecture institutionnelle, axée sur le contrôle, la transparence et la régulation du marché.
Entre impératif de rationalisation et enjeu de crédibilité
Cette réforme s’inscrit dans un contexte plus large de modernisation des finances publiques et de restauration de la confiance des acteurs économiques. Reste désormais à traduire cette volonté politique en mesures concrètes. Car la réussite de cette transformation dépendra de la capacité du gouvernement à simplifier réellement le système, tout en garantissant des recettes stables et équitables.
Dans un pays confronté à des défis budgétaires persistants, la maîtrise de la parafiscalité apparaît désormais comme un levier stratégique. À condition que l’ordre annoncé remplace effectivement l’anarchie décriée.










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