Réseaux sociaux : d’un «retour progressif» de Germain Biahodjow à une suspension sans horizon
En avril 2026, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, évoquait un « retour progressif » des réseaux sociaux suspendus depuis février. Cinq mois plus tard, le discours a changé : leur rétablissement ne dépendrait plus de l’adoption d’une législation et reste suspendu aux exigences adressées aux plateformes numériques. Au-delà de la contradiction ministérielle, c’est désormais la cohérence de toute la politique gouvernementale qui interroge.
Le problème n’est plus seulement que les réseaux sociaux restent suspendus. Il est que, cinq mois après avoir annoncé leur « retour progressif », le gouvernement ne semble toujours pas capable d’expliquer clairement aux Gabonais quand, comment et sous quelles conditions précises ils seront rétablis. À mesure que les mois passent, les justifications évoluent, les conditions se déplacent et ce qui devait apparaître comme une mesure exceptionnelle prend progressivement les traits d’une restriction installée dans la durée.
De la régulation à un rapport de force avec les plateformes
Plus embarrassant encore, l’ordonnance portant régulation des réseaux sociaux a entre-temps franchi l’étape parlementaire. Dès lors, lorsque Germain Biahodjow affirme désormais que « le retour des réseaux sociaux ne dépend pas de l’adoption d’une législation », il ouvre lui-même une question politique majeure : de quoi dépend-il alors ?
Depuis la Chine, le 20 août, le ministre a durci le discours. Le Gabon, explique-t-il en substance, entend faire respecter sa souveraineté et exige notamment des plateformes une représentation locale permettant d’engager leurs responsabilités. Le principe peut s’entendre. Aucun État sérieux ne saurait abandonner son espace numérique aux seules règles décidées par des multinationales étrangères.
Mais la souveraineté ne dispense ni de cohérence ni de prévisibilité. Si ces exigences constituaient depuis le départ la condition déterminante au retour des plateformes, pourquoi annoncer en avril une réouverture progressive sans calendrier ni mécanisme clairement exposé ? Gouverner, c’est aussi permettre aux citoyens et aux entreprises d’anticiper les décisions publiques.
Quand l’État ne respecte plus lui-même sa propre suspension
La contradiction devient plus troublante encore lorsque certaines institutions publiques continuent d’être visibles sur les plateformes officiellement suspendues. Interrogé sur l’activité notamment attribuée à l’Assemblée nationale sur Facebook, Germain Biahodjow affirme ne pas disposer d’éléments établissant une violation, tout en reconnaissant que des Gabonais contournent la mesure grâce aux VPN.
C’est ici que la décision publique perd en lisibilité. Comment demander aux citoyens, médias et entreprises de supporter les conséquences d’une suspension lorsque l’État semble lui-même incapable d’en garantir une application uniforme ? Une règle qui frappe durement certains et paraît contournable par d’autres cesse progressivement d’être comprise comme une règle : elle devient une injustice.
La Ve République face à sa propre promesse
Car derrière Facebook, TikTok ou WhatsApp se joue désormais quelque chose de beaucoup plus sérieux : la crédibilité de la parole publique. La Ve République s’est présentée comme celle de la restauration des institutions et d’une nouvelle relation entre l’État et les citoyens. Elle ne peut installer durablement l’incertitude là où elle promettait la confiance.
Le gouvernement doit donc sortir de l’ambiguïté : publier les conditions précises du rétablissement, fixer une trajectoire et assumer politiquement son choix. Car cinq mois après avoir promis un « retour progressif », continuer à déplacer l’horizon ne relève plus d’un problème de communication. Cela devient un problème de parole donnée.










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