A La UneDerniers articlesJUSTICE

Gabon : lutte contre l’enrichissement illicite, accélération des réformes pour éviter la «zone rouge»

Ecouter l'article

Réunis le 8 avril 2026 au ministère de la Justice, le ministre Augustin Emane et le directeur général de l’ANIF, Guennolet Boumas Ngabina, ont acté la nécessité de renforcer le dispositif national de lutte contre l’enrichissement illicite et le blanchiment d’argent. En ligne de mire : la création d’une Agence de gestion des avoirs illicites et la mise en conformité avec les standards internationaux.

À Libreville, les autorités gabonaises semblent décidées à franchir un cap dans la lutte contre les flux financiers illicites. La séance de travail tenue au ministère de la Justice s’inscrit dans une dynamique de mise à niveau du cadre juridique et institutionnel, alors que le pays se prépare à des évaluations internationales déterminantes.

Au cœur des discussions, la future loi portant création de l’Agence nationale de gestion des avoirs illicites, considérée comme un levier essentiel pour améliorer la traçabilité, la saisie et la gestion des fonds détournés.

Doter l’État d’outils efficaces pour récupérer les fonds détournés

Selon les échanges, deux textes structurants devraient encadrer cette nouvelle phase : « la loi sur le recouvrement des avoirs illicites » et celle relative à la création de l’agence dédiée. Pour Guennolet Boumas Ngabina, ces dispositifs « aideront véritablement à asseoir la stratégie nationale de lutte contre l’enrichissement illicite ».

L’objectif affiché est clair : permettre à l’État de mieux identifier, saisir et réaffecter les ressources issues de détournements, dans une logique de soutien au développement économique.

Cette réforme s’inscrit également dans le respect des recommandations du Groupe d’action financière (GAFI) et des instances régionales de lutte contre le blanchiment, qui imposent des standards stricts en matière de transparence et d’efficacité.

Des faiblesses structurelles qui freinent l’efficacité du dispositif

Malgré ces ambitions, des difficultés persistantes ont été relevées. L’ANIF évoque notamment le « peu d’entrain des sectoriels », qui limite la production de données essentielles telles que les déclarations de soupçon, les dossiers transmis au parquet ou encore les décisions judiciaires.

Ces insuffisances compromettent la capacité du Gabon à démontrer l ეფექტivité de son dispositif lors des évaluations internationales. Or, ces critères sont déterminants pour éviter un classement défavorable.

L’enjeu stratégique d’éviter une inscription en zone rouge

À l’approche de l’évaluation prévue en 2027, la pression s’intensifie. Une éventuelle inscription en « zone rouge » aurait des conséquences économiques lourdes, notamment en termes d’attractivité financière et de crédibilité internationale.

Conscient de ces enjeux, le ministre Augustin Emane a annoncé la tenue prochaine d’une réunion élargie impliquant l’ensemble des institutions concernées. Celle-ci devra définir « un chronogramme de travail » pour accélérer l’examen et l’adoption des textes en cours.

Une volonté politique affichée, un défi d’exécution

Cette initiative s’inscrit dans la feuille de route impulsée par Brice Clotaire Oligui Nguema, visant à renforcer la gouvernance publique et la transparence financière.

Reste désormais à transformer cette volonté politique en résultats concrets. Car au-delà des annonces, la crédibilité du Gabon sur la scène internationale dépendra de sa capacité à démontrer l’efficacité réelle de son dispositif de lutte contre la corruption et le blanchiment.

Entre impératif de conformité et exigence de souveraineté économique, le pays joue une partie décisive.

Lyonnel Mbeng Essone

Rédacteur en chef adjoint, je suis diplômé en droit privé. J'ai longtemps fourbi mes armes dans les cabinets juridiques avant de me lancer dans le web journalisme. Bien que polyvalent, je me suis spécialisé sur les questions sociétés, justice, faits-divers et bien sûr actualités sportives.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GMT TV

Bouton retour en haut de la page