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Gabon : 1 591,8 milliards de FCFA de pertes liées à l’évasion fiscale en 2024

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Alors que l’économie nationale demeure historiquement tributaire des fluctuations des cours du pétrole, un fléau plus insidieux paralyse les ambitions de développement du pays : l’évasion fiscale. Selon une analyse publiée par SIKA Finance, s’appuyant sur les données récentes de la Banque Africaine de Développement (BAD), le manque à gagner pour l’État est colossal.

Pour la seule année 2024, les pertes sont estimées à 2,8 milliards de dollars, soit environ 1 591,8 milliards de FCFA. Ces capitaux, qui s’évaporent hors des circuits officiels, constituent un frein majeur au financement des infrastructures sociales essentielles. Cette « richesse invisible » échappe à l’impôt alors que le taux de pression fiscale stagne à 11,9 % (moyenne 2015-2024), un niveau nettement inférieur à celui des pays pairs.

Un cadre juridique à bout de souffle

Cette fuite de capitaux s’explique par l’obsolescence du cadre juridique actuel. Hérité d’un modèle de gestion centralisée vieux de plusieurs décennies, le système financier présente des failles structurelles que les mécanismes de fraude moderne exploitent avec sophistication. 

Comme le souligne SIKA Finance, la modernisation de l’architecture financière n’est plus une option, mais une urgence absolue pour transformer ces pertes en investissements productifs.

L’enjeu de la souveraineté budgétaire

Le rétablissement de la justice fiscale est d’autant plus crucial que le pays fait face à des indicateurs macroéconomiques sous tension, un déficit budgétaire qui a atteint 3 % du PIB en 2024 et un taux de la dette publique qui avoisine désormais les 75 % du PIB. Le recouvrement, même partiel, des fonds détournés permettrait de réduire la dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds internationaux et de limiter le recours à un endettement extérieur de plus en plus coûteux.

Le passage vers un modèle fondé sur la performance fiscale repose désormais sur l’efficacité des organes de contrôle. La Task Force sur la dette et la Cour des Comptes doivent impérativement instaurer une synergie institutionnelle. Un effort particulier est attendu dans les industries extractives, secteur où le pays affiche un score préoccupant de seulement 30/100 en matière de transparence de la propriété effective.

En somme, la lutte contre l’évasion fiscale apparaît comme le levier indispensable pour garantir une croissance autonome et durable.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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