Élections au Gabon : la confiance envers les commissions d’organisation, talon d’Achille du processus démocratique
Alors que le Gabon s’inscrit dans une phase de transition politique présentée comme fondatrice, une réalité plus profonde demeure : les citoyens continuent de croire aux élections, mais doutent de ceux qui les organisent. Un paradoxe démocratique mis en lumière par la dernière dépêche d’Afrobarometer, qui interpelle directement l’avenir institutionnel du pays.
Les données issues de la dépêche Afrobarometer n°1128 sont sans ambiguïté : en Afrique, et singulièrement en Afrique centrale, une large majorité de citoyens continue de considérer les élections comme le meilleur moyen de choisir les dirigeants. Le Gabon ne fait pas exception. Malgré les crises politiques successives, les controverses électorales et les transitions institutionnelles, le principe du suffrage universel conserve une valeur centrale dans l’imaginaire démocratique gabonais.
Cet attachement au vote traduit une aspiration profonde à la légitimité populaire. Les Gabonais veulent élire leurs dirigeants, sanctionner ou reconduire par les urnes, et participer au destin collectif. Mais cette aspiration se heurte à une réalité plus sombre : la confiance dans les institutions chargées d’organiser ces élections reste dramatiquement faible.
La commission électorale, cœur du malaise démocratique
Selon Afrobarometer, la défiance envers les commissions électorales constitue l’un des points les plus critiques du paysage démocratique africain. Beaucoup de citoyens estiment que ces organes ne sont ni indépendants, ni impartiaux, ni transparents. Cette perception alimente le soupçon de manipulation des listes électorales, des résultats ou du processus lui-même.
Au Gabon, cette question est loin d’être théorique. Les scrutins passés ont laissé une empreinte durable dans la mémoire collective, nourrissant l’idée que l’élection existe, mais que sa sincérité est discutable. Résultat : les citoyens votent parfois par devoir, par espoir ou par résignation, plus que par réelle confiance dans le système.
Vᵉ République : l’épreuve de la crédibilité électorale
Dans ce contexte, les autorités de la Vème République actuelle ne peuvent se contenter d’organiser de nouvelles élections pour tourner la page. Afrobarometer le montre clairement : organiser un scrutin ne suffit plus à produire de la légitimité. Ce qui est désormais exigé par les citoyens, c’est la crédibilité du processus, depuis l’enrôlement jusqu’à la proclamation des résultats.
Pour Gabon Media Time, la leçon est claire : sans refondation crédible, indépendante et transparente de l’organe électoral, la Vème République restera incomplète. La Vᵉ République gabonaise ne se jouera pas seulement dans les textes ou les discours, mais dans la capacité de l’État à restaurer la confiance démocratique.
Le défi central : reconstruire la confiance, pas seulement voter
Le paradoxe est là, brut et implacable : les Gabonais veulent des élections, mais ne font pas confiance à ceux qui les organisent. Tant que cette fracture ne sera pas résorbée, chaque scrutin portera en lui les germes de la contestation.
La Vème République est donc face à une responsabilité historique : transformer l’élection d’un rituel contesté en un acte crédible, accepté et respecté. Sans cela, la démocratie gabonaise restera formelle, fragile, et perpétuellement sous tension.








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