Gabon : un simple « Like » sur Facebook provoque une démission politique et des excuses au chef de l’État !
Au Gabon, un clic sur Facebook peut désormais prendre des proportions politiques inattendues. Le 15 octobre 2026, sur Gabon 1ère, Jean Jacques Njamendoungou Tsamoye, vice-président du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP) chargé des élections, a publiquement présenté ses excuses au président Brice Clotaire Oligui Nguema pour avoir aimé une publication de son propre parti. Il a annoncé dans la foulée sa démission du RDP et de ses fonctions. Une séquence pour le moins singulière qui interroge sur la liberté d’expression, la loyauté politique et la place de la contradiction dans le Gabon de la Ve République.
Il fallait oser. Dans un pays où les délestages électriques, les difficultés d’accès à l’eau potable et les interrogations sur les libertés publiques alimentent régulièrement le débat, un responsable politique vient de découvrir qu’un simple pouce levé sur Facebook pouvait constituer une faute suffisamment grave pour justifier des excuses solennelles au sommet de l’État. Le crime numérique ? Avoir apprécié une publication de son propre parti dans laquelle son président affirmait : « Gouverner, ce n’est pas inaugurer. C’est s’assurer que l’eau coule, que la lumière brille et que le citoyen puisse parler librement. » Une déclaration que l’on pourrait croire parfaitement compatible avec les ambitions de tout gouvernement. Mais manifestement, dans certaines circonstances, réclamer de l’eau, de l’électricité et la liberté d’expression devient une prise de position politiquement dangereuse.
Un pouce levé, une carrière politique à terre
Dans sa déclaration diffusée sur Gabon 1ère, Jean Jacques Njamendoungou Tsamoye a expliqué avoir « par inadvertance liké cette déclaration tendancieuse ». Voilà donc le nouveau péril politique : le doigt qui dérape sur un écran tactile. Une maladresse numérique aux conséquences spectaculaires, puisque l’intéressé a jugé nécessaire de réaffirmer publiquement son soutien sans réserve à la politique du président de la République. On connaissait les erreurs de communication, les maladresses diplomatiques et les dérapages verbaux. Le Gabon vient peut-être d’inaugurer une nouvelle catégorie : l’accident de loyauté par interaction Facebook.
Mais le plus remarquable demeure la qualification de la publication incriminée. En quoi rappeler qu’un gouvernement doit garantir l’accès à l’eau, à l’électricité et à la liberté d’expression constitue-t-il une déclaration tendancieuse ? Ces exigences figurent pourtant parmi les attentes les plus élémentaires des citoyens. À suivre cette logique, il faudrait désormais réfléchir longuement avant d’approuver une publication réclamant des routes praticables, des hôpitaux fonctionnels ou des écoles équipées. Un simple clic pourrait être interprété comme une manifestation d’insubordination.
Des excuses présidentielles pour une interaction Facebook
L’ancien vice-président du RDP ne s’est pas contenté de retirer symboliquement son approbation. Il a également présenté ses « très respectueuses excuses » au président Brice Clotaire Oligui Nguema, tout en saluant sa volonté de redonner aux Gabonais leur dignité. La disproportion entre le geste initial et la solennité de la déclaration donne à cette séquence une dimension presque théâtrale. D’un côté, un bouton Facebook. De l’autre, une profession de fidélité politique digne d’une cérémonie de réconciliation nationale.
L’intéressé invoque également les obligations de réserve, de discrétion, de responsabilité et de neutralité qui s’imposent aux dépositaires de l’autorité publique. Un argument qui mériterait toutefois d’être juridiquement précisé : ces obligations dépendent des fonctions effectivement exercées et ne signifient pas nécessairement qu’une personne doit renoncer à toute appréciation politique. Surtout, aucune sanction officielle ni injonction présidentielle n’est établie par cette déclaration. Le spectacle n’en demeure pas moins révélateur d’une culture politique dans laquelle certains responsables semblent considérer la moindre critique comme incompatible avec l’affichage de leur loyauté.
Au Gabon, peut-on encore aimer une publication sans demander pardon ?
La question dépasse largement le sort personnel de Jean Jacques Njamendoungou Tsamoye. Elle touche à la manière dont les acteurs politiques comprennent le pluralisme démocratique. Dans une démocratie, soutenir le président de la République n’interdit pas de reconnaître les difficultés d’accès à l’eau ou à l’électricité. Pas davantage que constater ces difficultés ne signifie nécessairement s’opposer au chef de l’État. La contradiction constitue précisément l’un des mécanismes par lesquels une société peut débattre de ses politiques publiques.
En annonçant simultanément sa démission du RDP et sa mise à l’entière disposition du président de la République, l’intéressé donne néanmoins à son geste une portée bien supérieure à celle d’un simple retrait de mention « J’aime ». Il quitte une formation politique après avoir approuvé une déclaration de son président, puis réaffirme son allégeance au pouvoir. Une trajectoire dont les motivations réelles ne peuvent être établies sur la seule base de son intervention télévisée, mais qui soulève inévitablement des interrogations sur la liberté de positionnement des responsables politiques.
Au fond, cette affaire aurait pu rester une anecdote numérique. Elle devient un épisode politique parce qu’un responsable a lui-même choisi d’ériger son clic en faute publique, puis de transformer ses regrets en déclaration télévisée. Dans le Gabon de 2026, on savait déjà qu’un clic pouvait ouvrir une page Facebook. On découvre désormais qu’il peut aussi fermer la porte d’un parti politique. Et visiblement, pour certains, le bouton « J’aime » exige presque autant de prudence qu’un bulletin de vote.










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