Gabon : Haut Conseil des sages, nouvelle institution nécessaire ou redondante ?
Selon l’hebdomadaire La Loupedans sa parution du 23 février 2026, un projet de création d’un Haut Conseil des sages de la République est actuellement en discussion au sommet de l’État. Portée par des notables, l’initiative suscite un débat de fond sur l’utilité d’un nouvel organe consultatif dans un paysage institutionnel déjà dense.
Le 30 janvier 2026, le ministre de la Réforme et des Relations avec les institutions, François Ndong Obiang, recevait les membres du Conseil national des sages. Au cœur des échanges : la création d’un Haut Conseil des sages de la République.
Un nouvel organe pour quel rôle ?
Quelques jours plus tard, le 4 février 2026, une délégation conduite par Paul Malekou, ancien ministre des Affaires étrangères, était reçue par le président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga M. Ndiaye. Selon La Loupe, les dignitaires ont remis un projet de loi organique définissant les missions et le fonctionnement de cette future instance.
Sur le papier, l’initiative est présentée comme vertueuse : canaliser l’expérience des aînés au profit de la jeunesse et accompagner les politiques publiques dans les périodes de tension, notamment dans le secteur éducatif. Le futur Haut Conseil serait un cadre de réflexion et de médiation, destiné à favoriser le dialogue et à proposer des solutions consensuelles. Mais la question centrale demeure : le Gabon a-t-il réellement besoin d’un nouvel organe consultatif ?
Une architecture institutionnelle déjà fournie
Comme le rappelle La Loupe, le pays dispose déjà du Conseil national de la démocratie (CND), espace de dialogue politique, ainsi que du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), chargé d’éclairer les pouvoirs publics sur les enjeux économiques et sociaux.
À cela s’ajoute la Médiature de la République, compétente pour régler les litiges entre l’administration et les administrés. Dès lors, la création d’un Haut Conseil des sages ne risque-t-elle pas d’apparaître comme une « médiature bis » ou un organe redondant ?
Qui seront les « sages » ?
Autre interrogation soulevée par l’hebdomadaire : qui siégera dans cette instance ? Le terme « dignitaire » renvoie à la notion de respectabilité et d’autorité morale. Mais l’occupation de hautes fonctions publiques suffit-elle à garantir cette exemplarité ? La crédibilité du futur organe dépendra moins du prestige des titres que de l’intégrité reconnue de ses membres.
Enfin, la question budgétaire n’est pas neutre. Un Haut Conseil devra être inscrit au budget national. Or, dans un contexte de contraintes financières et de tensions sociales, la hiérarchie des priorités se pose. Personne n’imagine que les membres siègent bénévolement. La création d’une nouvelle structure impliquerait donc des charges supplémentaires.
Sagesse institutionnelle ou symbole politique ?
Pour ses promoteurs, l’initiative ambitionne de renforcer le dialogue intergénérationnel et de consolider la cohésion nationale. Mais au-delà du symbole, le débat est institutionnel : la République a-t-elle besoin d’un « super-conseil » pour fonctionner, ou plutôt d’institutions existantes plus fortes et mieux articulées ?
Comme le souligne La Loupe, l’avenir dira si le Haut Conseil des sages constituera un levier utile au service de la stabilité et du dialogue, ou une structure supplémentaire dans un paysage institutionnel déjà dense et coûteux.








GMT TV