Présidentielle 2025 : le pari social de Bilie-By-Nze entre rupture politique et réalisme économique

À deux semaines du scrutin présidentiel du 12 avril, Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre d’Ali Bongo, cherche à imposer sa voix dans un paysage politique dominé par l’ombre du CTRI. Sa proposition phare : un revenu universel garanti de 150 000 FCFA pour les plus vulnérables. Derrière cette annonce sociale forte, c’est une ligne politique de rupture qu’il tente d’incarner, quitte à dénoncer frontalement le système qui l’a vu émerger.
Un revenu universel comme acte de redistribution. La mesure est audacieuse : une allocation mensuelle pour les chômeurs, personnes âgées, handicapés, veuves et filles-mères. Son financement ? Une taxe de 10 % sur les revenus pétroliers et miniers, des coupes dans le train de vie de l’État et une meilleure collecte fiscale. « Ce sera une manière de sortir du paradoxe gabonais : un pays riche, une population pauvre », a martelé le candidat. La proposition, populaire en période électorale, renvoie à un désir profond de justice sociale dans une société marquée par l’inégalité des revenus et le désengagement de l’État-providence.
Une critique frontale du CTRI et du processus de transition
Mais derrière le programme économique, se profile une critique politique acerbe. Bilie-By-Nze accuse la Transition d’avoir maquillé le maintien de l’ordre ancien sous les traits d’un renouveau. « Le coup d’État du 30 août n’a pas mis fin au système, il l’a recyclé », lance-t-il, accusant les figures du CTRI de reconduire l’héritage du PDG en tentant de s’en émanciper verbalement. À travers ces mots, l’ancien bras droit d’Ali Bongo cherche à se positionner comme un “repenti lucide”, appelant les Gabonais à “rompre avec le mensonge et l’hypocrisie politique”.
Un positionnement risqué mais structuré. Alain Claude Bilie-By-Nze joue la carte d’un discours de vérité, en assumant son passé et en promettant une nouvelle ère fondée sur la redistribution, la justice sociale et la fin de la prédation des élites. Reste à savoir si ce discours trouvera écho dans une population désabusée par des décennies de promesses non tenues. Dans une campagne dominée par le candidat Oligui Nguema et une opposition fragmentée, sa voix se veut singulière : celle d’un ancien du système qui se revendique désormais en rupture avec lui. Un pari risqué, mais assumé.
GMT TV