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Gabon : prévisions pessimistes du FMI, Ondo Ossa a-t-il eu tort d’avoir raison trop tôt ?

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Quelques mois avant l’élection présidentielle d’août 2023, le professeur Albert Ondo Ossa avait été interrogé sur la situation des finances publiques. Et la réponse du désormais ancien candidat consensuel de l’opposition était sans appel, le budget 2023 était « une catastrophe ». Pour étayer son propos, ce dernier revenait sur les prévisions du FMI qui indiquaient que l’année 2023 serait morose. Un an après cette sortie, la situation des finances publiques toujours aussi tendue, voire un peu plus, comme vient d’ailleurs de le conformer l’Institution de Bretton Woods qui évoque un ratio dette/PIB de près de 80% d’ici 2025, semble donner raison à l’homme de 69 ans qui vient d’ailleurs d’alerter les nouvelles autorités sur plusieurs dérives. 

Ondo Ossa a-t-il eu tort d’avoir raison trop tôt ? C’est la question qui se pose à l’analyse des récentes prévisions du Fonds Monétaire International (FMI). Il faut dire qu’en annonçant quelques mois après l’adoption de la loi de finances 2023, que celle-ci était une « catastrophe », l’économiste avait suscité la polémique. Mais à y regarder de plus près, avec des « déséquilibres budgétaires qui se sont considérablement aggravés du fait des importants déficits hors pétrole en 2022-2023 qui ont conduit à une accumulation rapide d’arriérés, et ont porté la dette publique à environ 70½ pour cent du PIB, au-dessus du plafond de la CEMAC, pesant sur l’accumulation des réserves » comme l’affirment les administrateurs du Fonds, il semblerait que l’ancien candidat consensuel de l’opposition avait bien raison en évoquant cette « catastrophe ».

En effet, toujours sur la base des conclusions du Fonds au titre de l’article IV des consultations, « dans l’avenir, les perspectives seront confrontées à des risques majeurs ». Mieux, la diminution progressive de la richesse pétrolière, pesant sur les prévisions de croissance à long terme et sur la position extérieure du pays, accentuent les risques de surendettement, voire, dans un scénario catastrophe, les risques de cessation de paiement. Un aspect d’ailleurs renforcé à l’heure actuelle par l’usage excessif des fonds de souveraineté par nos actuels dirigeants qui, sur fond de populisme, multiplient les promesses qu’ils financent à coups de milliards de FCFA à l’image des 7 milliards de FCFA par province décaissée à chaque tournée, ou du retour inopportun des bourses au secondaire qui devrait engloutir 12 milliards de FCFA par an, sans tenir compte des réalités économiques. Une catastrophe. 

Un ratio dette PIB Près de 80% à l’horizon 2025

Si l’on y ajoute la diversification au ralenti de notre économie, des subventions mal ciblées qui n’entretiennent que le train de vie des plus nantis à l’image des subventions aux carburants comme le soulignait d’ailleurs la Banque mondiale il y a un an, le maintien sous oxygène financier de ces structures publiques à la fois inefficace, improductive et budgétivore pour servir de variable d’ajustements, la hausse conséquente et déjà actée de la masse salariale, le rachat impulsif des actifs d’Assala Energy, c’est toute notre économie qui devrait ressentir le contrecoup de ces dérapages budgétaires substantiels entretenus depuis des décennies. Des dérapages qui semblent d’ailleurs toujours autant entretenus vu que le ratio dette/PIB devrait se situer autour de 78,9% en 2025 dans un contexte où la croissance ne devrait être que de 2,7%. Une autre catastrophe en perspective. 


A de multiples égards donc, en tirant la sonnette d’alarme dès 2023 sur le caractère erroné du budget de l’Etat, Albert Ondo Ossa avait semble-t-il anticipé toutes ces difficultés auxquelles devra faire face notre économie dans un avenir proche. Entre risques de défaut de paiement de la dette comme le souligne la baisse de 88% du montant déboursé sur ce poste en avril comparativement aux mois précédents, absence de réelles stratégies de développement, gouvernance toujours aussi problématique avec plusieures interférences de l’exécutif, difficile pour l’heure de statuer sur la réelle trajectoire de notre économie. Encore une catastrophe.

Casimir Mapiya

« Mieux vaut une vérité qui fait mal, qu'un mensonge qui réjouit. » Proverbes berbères

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