Mouity Nzamba : « la participation des militaires et des magistrats aux élections fragilise l’État de droit »
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Le Gabon est-il en train de s’engager sur une pente dangereuse en autorisant les militaires et magistrats à briguer des postes électifs ? Benoît Joseph Mouity Nzamba, président du Parti Gabonais du Progrès (PGP), tire la sonnette d’alarme. Selon lui, la réforme du Code électoral marque un tournant périlleux pour la démocratie, menaçant l’équilibre des institutions et ouvrant la voie à une instabilité à long terme.
Dans une démocratie, la séparation des pouvoirs est un principe fondamental. Pourtant, la récente réforme du Code électoral remet en cause cet équilibre en autorisant désormais les magistrats et les militaires à se porter candidats aux élections. Une décision que Mouity Nzamba considère comme une bombe à retardement. « Lorsque vous mettez les militaires maintenant en possibilité de participer à des élections, lorsque vous mettez les juges, les magistrats qui disent la loi au nom du peuple gabonais, vous mettez les germes de la dislocation de l’État démocratique », avertit-il.
Cette réforme soulève de nombreuses inquiétudes, notamment en cas de conflit électoral impliquant des figures de l’armée ou du pouvoir judiciaire. « Le juge, lorsqu’il est en face d’un autre juge qu’il a battu, qui viendra rendre justice, qui viendra trancher ? » interroge-t-il. De même, si un haut gradé de l’armée venait à se présenter face à un autre militaire, le risque de dérive autoritaire et de crise institutionnelle serait majeur. « Nous créons les conditions de la soudanisation de notre peuple ! » dénonce-t-il, en référence aux guerres de pouvoir qui ont récemment plongé le Soudan dans le chaos.
Une transition qui recycle les erreurs du passé ?
Au-delà du Code électoral, Mouity Nzamba critique vivement la gestion actuelle du CTRI et dénonce la persistance des réseaux claniques et la cooptation des élites. Selon lui, le pouvoir actuel ne fait que perpétuer les mêmes pratiques que sous le régime Bongo-PDG. « Les gens qui détournent, qui sont convaincus du détournement, quelles sont les sanctions qu’on leur a appliquées ? Ils sont connus, la presse en parle, même la presse d’État en parle. On les déplace, on les met à des postes moins visibles, ils n’ont de comptes à rendre à personne. Même pas au général Brice Clotaire Oligui Nguema. »
Il déplore également une distribution opaque des ressources publiques, notamment les fonds alloués aux provinces. « Lorsqu’on va dans une province, qu’on dit : voilà 7 milliards, nous vous laissons ça pour le développement de la province. On va dans une autre, pareil. Mais à qui remet-on ces fonds ? Aux mêmes qui ont détourné sous les fêtes tournantes ! », a-t-il lancé.
Une présidentielle précipitée et biaisée ?
Alors que l’élection présidentielle est prévue pour le 12 avril 2025, Mouity Nzamba questionne l’urgence imposée par le CTRI. Pour lui, cette précipitation cache une volonté de contrôler le processus et d’assurer une continuité du pouvoir sous un autre visage. « Ce pouvoir actuel fonce au pas de charge, sans écouter personne, sans consulter le peuple gabonais », regrette-t-il.
Un appel à la vigilance et à la refondation démocratique
Face à ces dérives, Benoît Joseph Mouity Nzamba exhorte les Gabonais à la vigilance et au sursaut patriotique. « Ce n’est pas une question de partis, c’est une question de pays. Nous devons exiger une véritable démocratie, avec des institutions fortes, indépendantes et représentatives du peuple gabonais ! ». Si la transition actuelle prétend rompre avec l’ancien système, les faits montrent que les pratiques du passé continuent de gangréner la gouvernance. À l’approche du scrutin présidentiel, la question reste ouverte : le Gabon est-il prêt pour un véritable changement ou assiste-t-on à une réédition d’un cycle déjà connu ?
GMT TV