Gabon : la justice au défi de sa propre crédibilité dans l’affaire Opiangah

Entre forfaiture judiciaire et instrumentalisation politique, l’exil forcé d’un ex-ministre met à nu les dérives d’un appareil judiciaire aux ordres. La saisine de la Commission africaine des droits de l’Homme par l’ancien ministre des Mines Hervé Patrick Opiangah, confirmée ce mardi 1er avril 2025 par une dépêche de l’Agence France-Presse (AFP), vient relancer avec acuité une affaire dont les ramifications dépassent le cadre strictement judiciaire. Recherché depuis novembre 2024, après une perquisition sans mandat opérée de nuit à son domicile par des agents lourdement armés, celui qui dirige également la Holding HPO et le parti UDIS, dénonce une cabale politique déguisée en procédure pénale. Son avocat, Me Marc Bensimhon, parle d’un « complot » visant à « neutraliser un opposant devenu gênant ».
Un dossier vide, des institutions silencieuses. Le cœur de cette affaire repose sur des accusations d’inceste portées contre Hervé Patrick Opiangah. Accusations que la prétendue victime, sa fille Elisabeth, a formellement et publiquement rejetées, déclarant dans un entretien exclusif : « Ces faits n’ont jamais existé, ni dans mon enfance, ni lorsque j’étais mineure, ni à l’âge adulte ». Malgré cela, et malgré l’absence de plainte déposée dans les délais légaux, les autorités judiciaires poursuivent la procédure, sans preuves matérielles, ni éléments à charge solides.
« Ce que nous vivons est l’illustration tragique d’un État où le droit n’est plus qu’un paravent pour des règlements de comptes politiques », s’insurge un haut magistrat à la retraite, sous couvert d’anonymat. Plus inquiétant encore, selon la direction de l’UDIS, toutes les saisines effectuées auprès de la Cour constitutionnelle, de la Cour d’appel, du Conseil d’État, et même de la Conférence épiscopale sont restées lettre morte.
Quand la justice devient instrument de répression
Le recours de l’ex-ministre devant une juridiction continentale devient donc le symbole d’une justice nationale incapable – ou délibérément empêchée – de dire le droit. Pour Me Bensimhon, « l’utilisation de l’appareil militaire et policier de l’État gabonais contre Monsieur Opiangah empêche tout accès équitable à la justice ».
À la tête d’un groupe industriel employant plus de 6 500 Gabonais, HPO est désormais sous scellés. Une asphyxie économique que l’intéressé juge volontaire. « Derrière l’acharnement judiciaire, il y a une volonté manifeste de détruire économiquement un adversaire politique », commente un cadre du secteur privé. L’affaire, qui intervient dans un contexte de transition politique tendu, risque d’entacher durablement la crédibilité des institutions gabonaises à l’approche de la présidentielle d’avril.
La Commission africaine, dernier rempart ?
En déposant sa plainte devant l’organe continental des droits de l’Homme, Hervé Patrick Opiangah espère faire éclater la vérité, protéger sa famille, et surtout, retrouver sa liberté de mouvement. « Ce recours vise à rendre justice là où l’État gabonais a failli », conclut son conseil.
Si la justice gabonaise veut restaurer la confiance du peuple, elle devra prouver qu’elle est capable de s’extirper des griffes de la politique. Faute de quoi, l’affaire Opiangah restera dans les annales comme le symbole d’un droit piétiné, dans une République en quête de légitimité.
GMT TV