Finances publiques : la facture salée des exonérations fiscales au Gabon
En 2024, le manque à gagner fiscal pour l’État gabonais a atteint la somme colossale de 403 milliards de FCFA. Selon la dernière Revue des finances publiques du Gabon, publiée par la Banque mondiale, ce chiffre représente 3,2 % du produit intérieur brut (PIB). Une générosité qui positionne le pays parmi les plus tolérants de la zone CEMAC envers ses grands contribuables, mais dont la constante progression depuis 2022 inquiète sérieusement les institutions financières internationales.
Cette fuite de recettes intervient dans une conjoncture particulièrement délicate pour le gouvernement mené par Brice Clotaire Oligui Nguema. En pleine transition politique, Libreville cherche désespérément à desserrer l’étau budgétaire accentué par un service de la dette lourd et une forte volatilité des cours du pétrole.
Le problème réside dans l’absence d’évaluation systématique : l’administration manque d’outils pour vérifier si ces cadeaux fiscaux se traduisent réellement en créations d’emplois locaux, en investissements durables ou en transferts technologiques. L’État cède ainsi des sommes précieuses sans garantie de contrepartie.
Entre rente extractive et anomalies sectorielles
La ventilation de cette enveloppe révèle les fragilités du modèle économique national. Sans surprise, le secteur extractif (pétrole et mines) capte 31 % des exonérations en vertu de conventions d’établissement de longue durée. Si le statut de deuxième producteur mondial de manganèse et de poids lourd pétrolier justifie un cadre incitatif aux yeux des industriels, d’autres attributions laissent perplexes.
Les brasseries épongent à elles seules 8 % des aides, tandis que le secteur bancaire en concentre 6 %. L’attribution de tels avantages à des activités hors des priorités stratégiques pose question et exige un réexamen au cas par cas. Par ailleurs, le dispositif « Vie chère », censé protéger le pouvoir d’achat via 23 milliards de FCFA d’exemption sur les produits de base, souffre d’un manque de transparence : beaucoup soupçonnent la grande distribution d’en capter l’essentiel au détriment des ménages.
L’urgence d’une rationalisation
Face à ce constat, les recommandations de la Banque mondiale rejoignent la doctrine du FMI : resserrer le ciblage, limiter dans le temps les régimes dérogatoires et instaurer un suivi rigoureux par indicateurs. La création d’une cellule dédiée au sein de la Direction générale des impôts, chargée de soumettre un rapport annuel détaillé au Parlement de la transition, constituerait une avancée majeure.
Alors que le Gabon amorce une diversification de son économie et cherche un nouvel accord financier avec les bailleurs de fonds, la révision de sa politique d’exonération s’impose comme un passage obligé pour crédibiliser sa gestion budgétaire.










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