Parcs nationaux : la fiche d’accès, une avancée utile… mais un paradoxe écologique ?
En instaurant, dès le 1er janvier 2026, une fiche d’accès obligatoire aux aires protégées, l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) affiche sa volonté de renforcer l’encadrement de l’écotourisme. Si l’objectif de transparence et de responsabilisation des visiteurs est salué, la méthode interroge. Car dans un pays qui se revendique champion de la protection de la nature, le recours au papier pose un paradoxe environnemental et opérationnel.
L’intention est louable. Mieux tracer les accès, informer les visiteurs sur leurs droits et obligations, et contribuer à la préservation des parcs nationaux répond à une exigence de gouvernance environnementale. Toutefois, la mise en œuvre annoncée, une fiche d’accès attachée à une facture, à remplir par le visiteur, soulève une question centrale : peut-on protéger la nature en multipliant les documents papier ?
Protéger la nature… en consommant du papier ?
À l’heure où les discours officiels prônent la durabilité, la sobriété et la réduction de l’empreinte écologique, l’introduction d’un nouvel imprimé systématique semble en décalage avec les principes mêmes de la conservation. Chaque fiche produite implique du papier, de l’encre, de l’impression, du stockage et, à terme, des déchets.
À l’échelle des milliers de visiteurs annuels des parcs nationaux, la facture environnementale et financière n’est pas anodine. Elle entre en contradiction avec le message adressé aux visiteurs : préserver la nature, c’est aussi limiter la consommation inutile de ressources naturelles.
Le paradoxe administratif : ajouter des étapes sans en mesurer l’impact
Cette initiative illustre une dérive bien connue de l’administration gabonaise : l’empilement de procédures. Ajouter une étape de plus, un formulaire de plus, sans toujours penser à l’expérience utilisateur ni aux effets induits. Or, dans le domaine de l’écotourisme, la simplicité et la fluidité sont des leviers essentiels.
Chaque document supplémentaire rallonge les délais, complexifie l’accès et mobilise des ressources humaines et financières. À terme, ces coûts, impression, gestion, archivage, seront supportés soit par l’ANPN, soit répercutés sur les visiteurs, au risque de renchérir l’accès aux parcs.
Pourquoi ne pas avoir fait le choix du tout numérique ?
La question mérite d’être posée frontalement : pourquoi cette fiche d’accès n’est-elle pas dématérialisée ? Dans un contexte où les smartphones sont omniprésents et où l’État encourage la digitalisation des services publics, une solution numérique semblait évidente.
Un formulaire électronique, accessible via QR code, tablette ou application mobile, aurait permis : de réduire l’empreinte écologique en supprimant le papier ; de faciliter le remplissage et le traitement des données ; d’améliorer la traçabilité et l’exploitation statistique ; de sécuriser les informations en temps réel ; et de s’inscrire pleinement dans la logique d’un écotourisme moderne et responsable. Un tel dispositif aurait été cohérent avec l’image d’un Gabon pionnier de la protection environnementale et engagé dans la transition numérique.
Une opportunité à corriger avant l’entrée en vigueur
La fiche d’accès aux aires protégées n’est pas en soi une mauvaise idée. Elle peut même devenir un outil structurant pour la gestion durable des parcs. Mais sa forme actuelle appelle à être repensée. Protéger la nature ne doit pas se limiter au discours : cela doit se traduire dans les choix techniques et administratifs.
À quelques jours de son entrée en vigueur, l’ANPN dispose encore d’une marge de manœuvre pour ajuster le dispositif, en privilégiant une solution dématérialisée, plus cohérente, plus économique et plus respectueuse de l’environnement. À défaut, la fiche d’accès risque de devenir le symbole d’une bonne intention affaiblie par une mise en œuvre en contradiction avec le principe fondamental qu’elle prétend défendre : préserver la nature, jusque dans nos pratiques administratives.









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