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Gabon : quand s’asseoir sur des contrats étouffe l’esprit d’entreprise

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Le président de la République, Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, l’a rappelé lors de son interview accordé au quotidien L’Union le 21 août 2025 : « La lutte contre la pauvreté est au cœur de notre action », tout en déplorant « la trop grande passivité des jeunes » face aux opportunités offertes par les secteurs porteurs comme les agrégats ou l’agriculture.

Ce discours, empreint de volontarisme, mérite d’être salué. Mais il laisse dans l’ombre une vérité brutale : ce ne sont pas les Gabonais qui manquent de volonté, c’est le système qui décourage les plus entreprenants.

L’insécurité contractuelle, un poison pour l’initiative

Le premier obstacle à lever, c’est l’insécurité juridique. Comment encourager des jeunes à créer des entreprises si, une fois un contrat signé, ce dernier pourtant homologué et exécuté, une simple décision d’un administrateur directeur général suffit à tout remettre en cause ?


L’exemple de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) dirigée par Marius Issa Nkori en est une démonstration alarmante. Un contrat régulièrement conclu avec une PME gabonaise, homologué par la Direction générale des impôts et donnant lieu à des prestations réalisées et payées partiellement, a été simplement ignoré. Résultat : une quinzaine de familles gabonaises sont aujourd’hui menacées.

Ce cas n’est pas isolé. Il témoigne d’un fléau structurel : tant que l’État et ses démembrements, directions générales, établissements publics industriels et commerciaux, ne respecteront pas leur signature, entreprendre au Gabon sera un acte de foi, voire une mise en péril.

Quand l’État fabrique lui-même l’exil

Le Chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema déplore à juste titre la fuite des cerveaux. Mais il faut reconnaître que cette fuite est une conséquence directe de l’étouffement de l’initiative privée. Les jeunes Gabonais formés à l’étranger ne refusent pas de rentrer. Ils savent simplement qu’ici, leur mérite risque d’être ignoré, leur compétence méprisée, leurs efforts contrariés. De là où ils se trouvent, ils ont une oreille attentive sur le traitement de ceux qui les ont précédé.

Comment espérer le retour de nos compatriotes partis se former à l’étranger, souvent bardés de diplômes, quand ils savent qu’ici même un contrat signé avec une institution publique peut être bafoué sans recours ni sanction ? Quand exiger le respect de ses droits expose à des manœuvres d’intimidation et à des pressions de la part de ceux qui devraient montrer l’exemple ?

Dans un pays où réclamer son dû est perçu comme une insolence, comment convaincre cette génération de revenir construire l’avenir ? Tant que des dirigeants d’entreprises étatiques continueront de piétiner leurs engagements, la fuite des talents restera une réalité, et avec elle l’impossibilité d’un véritable décollage économique.

Le calcul que personne ne veut faire

On oublie trop souvent que la véritable usine à emplois, ce ne sont pas les ministères ni l’administration central, mais les PME-PMI. Mille petites entreprises employant quinze salariés, c’est déjà 15 000 compatriotes sorties du chômage. Dix mille PME, c’est 150 000 emplois directs, soit plus que tout ce que l’État pourrait jamais absorber dans une fonction publique déjà saturée, budgétivore et incapable de continuer à jouer ce rôle de « guichet social » ou de « variable d’ajustement » de l’employabilité.

Le potentiel est là, immense, à portée de main. Les idées existent, les talents abondent. Ce qui manque, ce n’est pas l’énergie des Gabonais, mais la confiance et la sécurité institutionnelle. Tant que les contrats ne seront pas respectés, tant que les entrepreneurs seront abandonnés face à l’arbitraire et aux retards de paiement, le pays se condamne à tourner en rond. Faire le choix des PME, c’est faire le choix de l’indépendance économique, de l’emploi local et d’une rupture réelle avec le modèle d’assistanat qui étouffe le Gabon depuis des décennies.

Un essor national par l’inclusivité, le mérite et la transparence

L’ambition de bâtir un nouveau Gabon ne peut pas reposer sur des slogans ou des incantations. Elle doit se traduire par une nouvelle culture de gouvernance : celle qui promeut la transparence dans les appels d’offres, l’inclusivité dans la commande publique, et la reconnaissance du mérite réel, sans clientélisme ni favoritisme.

Monsieur le Président, votre serment du 3 mai 2025 nous a inspirés : « rétablir l’État de droit, remettre l’économie entre les mains des Gabonais et ouvrir une ère de justice ». Mais cet État de droit commence par des actes simples : respecter un contrat signé.

Un appel à la cohérence politique

Un pays qui méprise ses entrepreneurs signe lui-même l’acte de décès de son développement. On ne peut pas, d’une main, exhorter la jeunesse à entreprendre et, de l’autre, étrangler ceux qui ont eu le courage de répondre à cet appel. C’est une contradiction mortifère qui mine la crédibilité de l’État.

Le sursaut que réclame notre temps ne réside pas dans des slogans, mais dans des actes. Il commence par la rigueur administrative, par la sacralité de la signature publique, par la protection sans compromis de celles et ceux qui bâtissent, souvent dans l’adversité, des entreprises créatrices d’emplois et de valeur.

Il ne s’agit pas de faveurs accordées à une poignée de privilégiés. Il s’agit de justice économique, de cohérence républicaine, de survie nationale. Voilà le véritable test de rupture : protéger les bâtisseurs ou continuer à les broyer sous l’arbitraire. Et ce test, Monsieur le Président, interpelle directement votre serment et la conscience de tous ceux qui prétendent, à vos côtés, gouverner au nom du peuple gabonais.

Harold Leckat

Juriste contentieux, Fondateur et Directeur de publication. "La chute n'est pas un échec. L'échec est de rester là où l'on est tombé ", Socrates

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