Gabon : Obligation du NIP pour adhérer à un parti, le silence de l’Autorité de protection des données personnelles

Saisie officiellement depuis le 30 juin 2025, l’Autorité pour la Protection des Données Personnelles et de la Vie Privée (APDPVP) garde un silence assourdissant sur une réforme controversée imposant le Numéro d’Identification Personnel (NIP) pour toute adhésion à une formation politique. Une attitude qui interroge sur la politisation et l’impuissance de cette institution censée défendre les libertés fondamentales.
Depuis l’adoption, en juin 2025, de la réforme imposant la présentation du NIP à tout citoyen souhaitant adhérer à un parti politique, les questions juridiques, éthiques et démocratiques se multiplient. Pour Gabon Media Time, ce texte soulève de graves inquiétudes quant à la protection de la vie privée, à la liberté d’opinion, et au risque d’un fichage politique à grande échelle et des risques de compromission de carrière politique pour des militants de partis politiques opposés au régime en place. Mais alors que notre rédaction a formellement saisi l’APDPVP par courrier en date du 30 juin 2025, l’institution n’a toujours pas donné suite à nos questions. Un silence qui commence à faire tâche.
Une institution absente sur un débat crucial
Parmi les interrogations adressées à l’Autorité figurent des points fondamentaux : l’APDPVP a-t-elle été consultée lors de l’élaboration de cette mesure ? Des garanties existent-elles pour limiter l’usage du NIP à la seule vérification des quotas ? Quelles mesures sont prévues pour éviter une exploitation abusive de ces données à caractère personnel ?
Malgré l’urgence du sujet et l’enjeu démocratique, l’institution est demeurée muette. Aucune réaction, aucun communiqué, aucune prise de position publique. Un mutisme d’autant plus préoccupant que la collecte du NIP par des partis politiques ouvre la voie à une surveillance politique potentielle, en violation des principes de confidentialité, de libre consentement et de neutralité administrative.
Neutralité en péril ou complicité silencieuse ?
Face à cette inertie, une question s’impose : l’APDPVP est-elle encore en mesure de remplir sa mission de régulateur indépendant ? Alors que la réforme touche au cœur du droit d’adhésion libre et volontaire aux associations, prévu par la Constitution et les instruments internationaux consacrés au rang de norme à valeur constitutionnelle par le Gabon, tels que la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC), son silence peut être interprété comme une forme de complaisance ou de peur.
Gabon Media Time a voulu offrir à l’APDPVP une plateforme pour clarifier sa position. Malheureusement nous n’avons eu droit qu’à un silence suspect. Ce mutisme trahit non seulement un déficit de redevabilité, mais aussi un affaissement de l’exigence démocratique que cette institution est censée incarner.
Une réforme à haut risque pour la démocratie
En conditionnant l’engagement politique à un identifiant personnel unique, l’État crée un précédent dangereux. Le NIP, conçu pour faciliter l’accès aux services publics, devient un outil de traçabilité des opinions politiques. Dans un pays qui se veut en transition vers l’État de droit, cette dérive technocratique, couplée à l’inaction de l’APDPVP, pourrait engendrer la méfiance, l’autocensure, voire la dissuasion à l’engagement politique des citoyens, notamment des fonctionnaires. Et pendant que le débat enfle dans les cercles citoyens et sur les réseaux sociaux, l’Autorité – qui devrait alerter, protéger, encadrer – se tait.
À l’heure où les nouvelles autorités multiplient les promesses de transparence, la régulation de la collecte et de l’usage des données personnelles ne peut rester une simple ligne de texte dans un organigramme institutionnel. Il y a urgence à restaurer la crédibilité de l’APDPVP et à exiger de sa direction, notamment sous la présidence de son actuel responsable, une clarification immédiate. Dans le silence, c’est l’État de droit qui vacille. Et la démocratie qui recule.
GMT TV