Transport aérien : la redevance R4, un surcoût qui menace l’attractivité de la destination Gabon
Entrée en vigueur le 28 février 2026, la hausse de la redevance aéroportuaire R4, destinée au financement des infrastructures aéroportuaires, suscite de vives interrogations dans le secteur aérien. Alors que FlyGabon a décidé de ne pas répercuter cette augmentation sur ses vols régionaux, plusieurs acteurs s’inquiètent d’un dispositif qui alourdit le coût des billets et pourrait fragiliser l’attractivité de la destination Gabon dans un contexte de concurrence accrue entre hubs africains.
Dans un environnement marqué par la hausse des coûts d’exploitation – carburant, maintenance, assurances et redevances – l’augmentation de la redevance R4 vient ajouter une charge supplémentaire pour les compagnies aériennes opérant au Gabon. Validée par l’arrêté n°00000085/MEFFDPLVC/MTMML du 13 novembre 2025, cette redevance est officiellement destinée au financement et à la modernisation des infrastructures aéroportuaires.
Selon des estimations d’une compagnie aérienne consultées par Gabon Media Time, « la redevance R4 sur un aller-retour régional en classe économique passerait de 52 478 FCFA à 65 596 FCFA, soit une hausse d’environ 25 %, directement supportée par les voyageurs ». Une augmentation qui, mécaniquement, renchérit le prix final des billets dans un marché où la sensibilité aux tarifs reste particulièrement élevée.
FlyGabon refuse de répercuter la hausse
Face à cette situation, la compagnie nationale FlyGabon a choisi de ne pas appliquer cette hausse sur ses dessertes régionales. Une décision présentée comme un effort pour préserver le pouvoir d’achat des voyageurs et maintenir la compétitivité du transport aérien régional.
Dans les faits, cette posture revient pour la compagnie à absorber une partie du choc financier, alors même que le secteur aérien reste fragile et dépend fortement de l’équilibre entre coûts d’exploitation et volume de passagers. Une situation qui pose une question simple : combien de temps une compagnie peut-elle supporter seule un alourdissement structurel des charges ?
Des interrogations persistantes sur l’utilisation de la redevance
Au-delà de son impact tarifaire, la redevance R4 soulève également des questions sur son utilisation et sa gouvernance. Initialement instaurée en 2021 pour contribuer au financement d’un projet de nouvel aéroport, elle a évolué à la faveur de la loi de finances rectificative de décembre 2022.
Selon plusieurs acteurs du secteur, les montants collectés seraient désormais reversés directement au gestionnaire de l’aéroport international de Libreville, GSEZ Airport, sans mécanisme de contrôle clairement identifié sur l’affectation et l’utilisation des fonds. Une situation qui interroge dans un contexte où la transparence et la traçabilité des redevances aéroportuaires constituent des standards internationaux.
Une pression fiscale qui fragilise l’attractivité du Gabon
Pour un pays qui ambitionne de renforcer son positionnement touristique et de développer les flux d’affaires, l’augmentation continue des taxes aériennes envoie un signal paradoxal. Car dans l’économie du transport aérien, chaque redevance supplémentaire se répercute inévitablement sur le prix du billet et donc sur la compétitivité de la destination.
Dans un espace africain où plusieurs capitales rivalisent pour devenir des hubs régionaux, la question n’est plus uniquement technique ou budgétaire. Elle est stratégique. Lorsque le coût d’accès à une destination devient trop élevé, les compagnies réajustent leurs capacités, les voyageurs arbitrent leurs choix, et les flux se déplacent vers des plateformes plus compétitives.
Le risque d’un signal contre-productif
Le Gabon jouit pourtant d’atouts indéniables : stabilité politique relative, hospitalité reconnue, richesse environnementale et potentiel touristique important. Mais ces atouts peuvent rapidement être fragilisés si l’environnement économique du transport aérien devient dissuasif. À terme, l’alourdissement des charges pesant sur les compagnies et les voyageurs pourrait produire l’effet inverse de celui recherché : moins de passagers, moins de liaisons aériennes et une destination perçue comme coûteuse dans une région où les alternatives se multiplient.
Derrière la question technique de la redevance R4 se dessine donc un enjeu plus large : celui de la cohérence entre la stratégie de développement du secteur aérien et la politique tarifaire appliquée aux compagnies et aux voyageurs. Car dans l’économie du transport aérien, une chose est certaine : la compétitivité d’une destination commence toujours par le coût d’y accéder.










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